2010
Amis nostalgiques, la section RIP de Skulking ne pouvait se passer de l’un des groupes les marquants de la scène nordique : Sentenced. Peu connu en dehors de la scène Metal, voire pas du tout, nous espérons faire découvrir ce groupe majeur aux curieux de tout poil.
Sentenced, formé en 1990 par quelques adolescents Finlandais dépressifs (attention, tautologie), se fait vite remarquer par des démos et quelques albums évoluant dans un registre death metal agressif et classique (Shadows of The Past, 1991, North From There, 1993). Le style de Sentenced évoluera au fil des albums (Amok, 1995), se centrant davantage sur la mélodie et la nostalgie ; avec un événement important en 1996 : un nouveau chanteur est recruté. Vile Laihiala (imprononçable, oui je sais) donnera au groupe, qui bâtit déjà des mélodies imparables, la touche qui lui manquait jusque-là : sombre et mélancolique. Vile Laihiala, c’est d’abord une voix, sans trop de technique, mais qui vous prend aux tripes comme rarement ; une voix de chat éraillé qui vous rappelle ce que sont tristesse et émotions fortes. Parfaitement en accord avec les mélodies du guitariste principal Miika, l’alchimie entre les deux fonctionne à plein et les albums qui suivent (Down, 1996, Frozen, 1998) sont des succès, avec des chansons comme « Farewell », « The Suicider » et autres « Grave Sweet Grave », tout un programme !
Le Vent glacé du Nord en galette CD a trouvé son porte-voix, entre mélodies simples mais parfaitement exécutées, des thèmes tournant perpétuellement autour de la mort, de la dépression et du suicide (bon, la Finlande, quoi). Sentenced établit alors un standard, entre gothique pas ridicule (assez rare), le heavy rock mélodique crédible (rare aussi) et les accords mineurs balancés violemment comme autant de lames de rasoir gelées. L’album suivant, Crimson, en 2000, s’il déçoit un peu les fans, s’illumine de quelques perles de givre (« Killing me, Killing you », « Dead Moon Rising », « Bleed in my Arms ») du meilleur effet. Les membres du groupe manient assez férocement l’ironie dans les interviews ou les textes, ce qui a pour effet d’éviter « la prise au sérieux » ridicule que peuvent arborer nombre de groupes (beaucoup) moins talentueux qu’eux.
En 2002, sort de l’ombre des forêts du Finmark, tel
un ours blanc mythique et décidé à en découdre, un véritable chef-d’œuvre : The Cold White Light, une véritable perle de glace irisée de crépuscule ; dont pas un titre n’est à jeter. D’une tristesse absolue, les titres s’enchaînent avec la fluidité de l’eau (froide) dans nos oreilles avides (« Cross My Heart and Hope To Die », « Excuse Me While I Kill Myself », « No One There »). Les mélodies sont imparables, la voix de Vile, rageuse et froide, nous donne un bon aperçu de la dépression et du désespoir, avec toujours le petit décalage qui convient. Des touches de clavier parfaitement maîtrisées et fort bienvenues parachèvent l’ensemble. Le succès est au rendez-vous, l’influence du groupe s’étend et les tournées s’enchaînent. Nos dépressifs nordiques n’hésitent pas à mettre en scène, dans leurs clips, des sujets plutôt tabous dans l’ensemble du monde artistique : la vieillesse désespérante et le néant qui gagne (« No One There ») la solitude d’un vieux mari la veille de sa mort (« Killing Me, Killing You »), preuve de leur liberté de ton, qui n’a jamais empêché le succès, bien au contraire… Mais n’est pas Finlandais qui veut… Le succès engendre l’insatisfaction chez nos dépressifs chroniques, et ils décident d’arrêter leur carrière quand tous les autres auraient vendu leur image sur des pots de moutarde…
Un dernier album pour clore leur parcours : The Funeral Album en 2005, un de leur meilleur, encore. Jetant leurs dernières forces dans la bataille, Sentenced meurt en beauté avec des titres imparables (« Ever-Frost », « Lower The Flags », « Despair-Ridden Hearts », « Vengeance is Mine », « End Of The Road ») qui verront une dernière tournée et un DVD, « Buried Alive », parachever leur existence avant le suicide final. En l’espace de dix années, Sentenced aura eu accès au succès tout en gardant l’image du groupe confidentiel ; un statut « culte » du temps de son activité lui sera décerné par la communauté metal. Leur mort programmée, en plein succès, amplifiera cet aspect, comme il se doit. Toi qui lis ces quelques lignes, et qui est tout triste parce que la vie est trop injuste, arrête un peu Tokyo Hotel ou The Rasmus et va pointer du côté d’un désespoir authentique, authentique parce qu’ironique. Va écouter les mélodies des étoiles malades, malades de trop d’alcool et d’amour, malades de voir des gens facilement tristes face à la mort et qui ne savent pas en rire. Va voir du côté de Sentenced, tu ne seras pas déçu. La Finlande, ça vous plante !
La voix de Vile Laihiala ira hanter les galettes de l’excellent groupe Poisonblack (on ne se refait pas), tandis que les autres membres du groupe ne donneront pas de nouvelles. Le 18 février 2009, le compositeur principal de Sentenced, Miika, sera retrouvé mort à l’âge de 35 ans, d’une crise cardiaque due à une malformation génétique et, peut-être, à l’abus de l’alcool local… Aucune reformation envisagée, donc, pour ce groupe que je vous recommande tout particulièrement en hiver, le dimanche soir, seul, par temps de pluie et nouvellement célibataire. Non, je déconne… Ou pas.
Les éclats de l’hiver brillent encore sous les étoiles du Finmark… Et leur souvenir habille les néants de glace.
RIP SENTENCED.
Je vous laisse avec le clip de « No One There », extrait de l’album The Cold White Light. Ça reste un clip de metal, certes, c’est-à-dire de genre, mais trouvez donc d’autres groupes qui osent ce genre de thématiques. La chanson est assez touchante.
SENTENCED WAS :
Vile Laihiala : Chant.
Miika Tenkula : Guitares.
Sami Lopakka : Guitares.
Sami Kukkohovi : Basse.
Vesa Ranta : Batterie.



çà donne envie
en plus si çà rappelle un ours mythique du Finmark je me sens un peu obligé
Bah ça tourne bien quand même.
Oui, c’est du bon !
çà donne envie
en plus si çà rappelle un ours mythique du Finmark je me sens un peu obligé
Oui, c’est du bon !