2009
Dark Tranquillity appartient à une espèce rare dans le milieu Metal, et dans le milieu de musique en général. Groupe formé en 1989 dans la ville de Göteborg, Suède, et ayant largement contribué à la dénomination « scène de Göteborg » (au vu de la quantité d’excellents groupes y officiant depuis 15 ans, tels qu’In Flames, At The Gates ou encore Hammerfall), il est à l’origine du style dit « Death Mélodique » très en vogue depuis une dizaine d’année. Bien avant les autres, dès 1991, Dark Tranquillity a su mélanger la brutalité Death Metal avec des lignes mélodiques venues d’ailleurs, comme dans le morceau « Tongues » de 1997. Le résultat fut détonnant, et plus que souvent inspiré. Malgré cela, Dark Tranquillity, bien que connu et respecté dans le microcosme métallique, n’a presque jamais eu droit aux honneurs médiatiques que peuvent récolter (et à juste titre) des groupes comme In Flames ou encore Arch Enemy. Que se passe-t-il ?
Depuis 10 ans, en France, ils n’ont eu droit qu’à une seule couverture de grand magazine spécialisé. Travailleurs, inspirés, ouverts d’esprit (ils ont intégrés de façon permanente leur clavier en 1998, encore une fois en avance par rapport aux autres), productifs, il ne leur manque rien. Ils ne jouent pas aux stars – remarquez, c’est peut-être ça le problème… Dans ce milieu aussi, pour bien vendre, faut-il obligatoirement s’attifer avec de longs manteaux de cuir façon gestapo, être imbuvable, porter des pompes proto-goths avec des talons de 30 cm ; se faire percer comme le mur de démonstration de chez Castorama et enfin poser devant les photographes entouré d’un volière de poules à poil plus maquillées que le Joker dans une voiture volée ? Moi je dis ça, je dis rien, et je ne pense pas à Dani Filth, non, pas du tout. C’est un peu ça, Dark Tranquillity : l’anti-esbroufe, le groupe qui vient dans ta ville et te propose des compos solides, inspirées, bien exécutées, sans provoquer un barnum à la Pinder. La classe, quoi. Mais je viens ici vous parler de leur dernière livraison, et pas digresser indéfiniment sur mes conceptions, forcément subjectives, et dont tout le monde se fout parce que ce débat est rabâché dans à peu près tous les styles de musique depuis 50 ans. D’autant plus que pour faire une bonne chronique, il ne faut pas dépasser les 3 000 caractères, espaces compris ; mais là, je vous le dis tout de suite : c’est raté !
Where Death Is Most Alive (WDIMA) est l’aboutissement de Dark Tranquillity, une occasion de fêter son 20ième anniversaire en offrant à ses fans un splendide live en DVD et CD. Pour la première fois de leur carrière, nos suédois tournent enfin en tête d’affiche, seuls. Pas trop tôt. Les gamins de 15 ans qui répétaient dans la cave de leurs parents on fait du chemin. Les voici, hommes de 35 ans, avec une solide expérience de la scène, des dizaines de compositions à leur actif et un public acquis à leur cause. C’est loin de leur patrie gelée, Mère Suède (Hail to the Hordes, Quorthon… See you in Valhalla), que nos Vikings de noir vêtus ont jeté leur dévolu : dans la bonne cité de Milan, le 31 octobre 2008, au Rolling Stone. Nos amis italiens ont eu droit à un halloween de luxe grâce à la tournée Where Death Is Most Alive. Pas moins de 21 morceaux leur furent proposés, pour la plupart tirés des derniers (et excellents albums) Damage Done, Character et Fiction, bien que certains anciens albums n’aient pas été oubliés. Le jeu des 6 compères est excellent, la cohésion sur scène également. Le son a été particulièrement soigné, bien plus que dans leurs précédentes prestations. La scène du rolling stone, assez spacieuse pour que le groupe se sente à l’aise, permet quelques jeux de lumières bienvenus. Un écran, derrière le groupe, fait défiler des illustrations dérivées de l’univers de Dark Tranquillity, œuvres du guitariste Niklas Sundin qui officie également comme illustrateur (via son studio cabin fever media).
Que dire de plus sur le choix de la set-list, sinon qu’il s’avère judicieux et que le public, comme un seul homme (et une seule femme !) chante à tue-tête la plupart des mélodies ? Une ambiance terrible se dégage de WIDMA, les italiens ayant compris l’importance du moment qu’ils vivaient. Dark Tranquillity avait en effet pris un gros risque, celui de tout miser sur une seule soirée pour l’enregistrement. Tout fut parfait, et, alors que je repasse pour la troisième fois Where Death Is Most Alive sur l’écran, je me prends vraiment à regretter de ne pas avoir été présent ce soir-là. Le grand gaillard Mikael Stanne, rouquin et barbu, se démène comme un beau diable et délivre une performance vocale puissante, agressive et mélodique à la fois, sans jamais faiblir ni se départir de sa bonne humeur. Les guitaristes Niklas Sundin et Martin Henriksson, affûtés comme des rasoirs neufs, ne cèdent en rien à leur frontman et placent leurs thèmes et leurs rythmiques avec classe.
Le clavier Martin Brändström exécute un travail discret mais efficace. Son importance grandit avec le temps, et, sur les compositions du dernier album, il démontre, s’il en avait besoin, qu’il est un élément indispensable à Dark Tranquillity. Le batteur Anders Jivarp délivre une prestation impeccable, carrée, bénéficiant d’un son de caisse claire clair et puissant –ce qui ne gâte rien. Enfin, le nouveau bassiste Daniel Antonsson a très rapidement trouvé ses marques et s’intègre au groupe comme s’il en faisait partie depuis 10 ans. Cerise sur le gâteau, Nell Sigland, nouvelle chanteuse de Theatre of Tragedy, vient apporter une touche de fraîcheur et de féminité sur deux compositions, dont l’excellent « The Mundane and The Magic ». Au final, un concert qui fera date, le groupe étant à son maximum, le public acquis à sa cause, l’instant unique, le son parfait. Du grand Dark Tranquillity.
Le second DVD nous offre le traditionnel reportage sur le groupe, depuis les débuts jusqu’à aujourd’hui. Des interviews des membres, ex-membres, producteurs et amis nous en apprennent plus, bien que ces fichus entretiens, en anglais, ne soient pas sous-titrés. Ce qui me dérange au vu des rapports plus qu’approximatifs que j’entretiens avec l’idiome shakespearien (ouais, bon, l’anglishe, quoi !), mais bon… On se concentre et on y arrive (?) Une collection de clips est ensuite disponible (attention, clips de metal ! Une certaine « unité de style » s’y retrouve, perso j’adore !), et, enfin, des archives de live. On peut ainsi voir nos compères, filmés en caméscope aux alentours de 1991-1992, répéter dans le garage de maman et se livrer à leurs premiers concerts ! Un grand moment, mais là, pour les fans…

Enfin, la box-set WDIMA vous offre en supplément le concert en support CD. Le tout pour un prix raisonnable (environ 35 euros), au vu du nombre de morceaux, des bonus disponibles et de la présentation soignée du produit. Alors, amis metaleux, amies metaleuses, et vous qui passez par ici et peut-être avez envie de découvrir un groupe inventif et intègre, n’attendez plus. Ruez vous sur Where Death Is Most Alive et découvrez Dark Tranquillity, une formation comme il y en existe peu.
Votre dévoué,
Monsieurwar.
J’aime : tout.
J’aime pas : rien. Ah, si ! Ils n’ont pas joué « Tongues ». C’est un scandale…
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DARK TRANQUILLITY. Where Death Is Most Alive. Sortie le 28 octobre 2009.
Pour vous, en bonus, le clip officiel de la superbe chanson « Misery’s Crown », mixée avec des instants du concert. Un morceau nostalgique, au thème triste qui vous exhorte à ne pas pardonner à qui vous a abandonné. A écouter au casque, seul, le soir, en déambulant dans la nuit bleue et grise de l’automne.
DARK TRANQUILLITY :
Mikael Stanne : Chant (guitare rythmique de 1989 à 1993).
Niklas Sundin : Guitare.
Martin Henriksson : Guitare (basse de 1989 à 1998).
Daniel Antonsson : Basse.
Marin Brändström : Claviers.
Anders Jivarp : Batterie.
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