31.12
2009

Plaisir coupable de cette fin d’année 2009, se prendre un joli bouquin dans une grande surface culturelle. On ne présente plus Umberto Eco, sa chaire à l’université de Bologne, les nombreux romans et essais qu’il a écrits. De la sémiotique, à la linguistique en passant par l’esthétique médiévale, Umberto Eco est reconnu dans de nombreux domaines.
Je me suis donc jeté sur le Vertige de la liste, énorme pavé, abondamment illustré.

Dans l’Iliade, Homère nous offre deux modes de représentation : le premier, c’est le bouclier d’Achille, une forme achevée et circonscrite où Vulcain représente tout ce qu’il sait sur une ville, sa campagne alentour, ses guerres et ses rites en temps de paix. Le second, c’est le fameux catalogue des navires, démesuré, que dresse le poète, impuissant à dire le nom et le nombre des guerriers achéens, et qui se conclut idéalement par un  » et cætera « . On appelle ce second mode de représentation la liste ou l’énumération. Il y a des listes pratiques et finies, comme celles qui recensent les livres d’une bibliothèque ; et il y a celles qui suggèrent l’incommensurable et nous font ressentir le vertige de l’infini. Cet ouvrage montre que, depuis toujours, la littérature fourmille de listes, d’Hésiode à Joyce, d’Ezéchiel à Gadda. Il s’agit souvent d’énumérations égrenées pour le goût de l’inventaire, la mélodie du dénombrement ou le plaisir vertigineux de réunir des éléments sans relation spécifique, comme dans les énumérations dites chaotiques. Mais ce volume ne nous propose pas seulement de découvrir une forme littéraire rarement analysée ; il nous montre aussi combien les arts figuratifs savent suggérer des énumérations infinies, même lorsque la représentation semble contrainte par l’encadrement d’un tableau. Le lecteur trouvera dans ces pages de quoi s’étourdir en éprouvant le vertige de la liste.

Et ?
Et je suis déçu, tout d’abord parce qu’attiré par les enluminures de l’ouvrage et toutes ces pages noircies de texte, je me suis rendu compte que ce n’était qu’un essai. Pire, cet essai était lié à une série de conférences, dont certaines au Louvre en novembre de cette année. Et là, je plonge dans les affres de la misère, j’ai raté ça : mais qu’est ce que je foutais en novembre ? Bon j’arrête de couiner.
Ce livre, donc, est presque un catalogue d’expo, ou de conférence (ça existe ?) et je me suis retrouvé à errer dedans, page après page pour chercher la lumière. La lumière des explications d’Umberto Eco sur les points abordés dans le Vertige de la liste. Mais ce n’est que peau de chagrin, car si sur les 407 pages de l’ouvrage il y’en a une trentaine rédigée par « el Maestro » tout le reste n’est qu’iconographie ou énumérations extraites de diverses œuvres littéraires. Des listes quoi…
Forcément, on n’allait pas être trompés sur la marchandise.
Donc je l’ai lu plus ou moins frustré. Les œuvres sont connues ou pas, effectivement je n’ai pas l’érudition de l’auteur. Pour ce qui est des images, les reproductions sont de bonne qualité, mais lorsqu’on cherche une œuvre picturale qui évoque le pullulement ou l’incommensurable, c’est généralement du très grand format… Alors avec des reproductions au format de l’ouvrage même en double page, c’est un peu limite.

Je m’attendais à de la taxonomie, des mathématiques, il y’en a un tout petit peu, les cabinets de curiosités, Homère, Virgile, Umberto Eco (il s’autocite quand même…) et de nombreux extraits d’œuvres d’auteurs sont présents, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.
Je trouve le principe assez intéressant, mais couteux (surtout qu’en cherchant online on peut pratiquement gagner une dizaine d’euros), et au final très anecdotique.

Pour les fans absolus, les collectionneurs (ça rentre dans la liste d’ailleurs) et ceux qui ont vu les conférences. Les autres seront interloqués et surement un peu déçus.

Éditeur : Flammarion (28 octobre 2009)
Collection : CATALOGUES D’EX
ISBN-10: 208122884X
ISBN-13: 978-2081228849

5 commentaires pour le moment

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  1. Patrouchef

    Ah mince, c’est bien ce que je pensais. Gargl !

  2. Insomnia

    Mince il avait l’air sympa pourtant :(

  3. Insomnia

    :D on est synchro

  4. Patrouchef

    C’était la conjonction astrale des commentaires de 12h13 le 31/12…

  5. Insomnia

    Oh mon Dieu !! Mais c’est forcément un signe ça… Reste plus qu’à trouver de quoi… Peut-être un lien avec 2012 ?