22.12
2009

Saint Sepulcre !

Visiblement Patrick Besson est connu…
Écrivain et journaliste, il a à son actif plus d’une vingtaine de bouquins. Clairement, ce Monsieur ne chôme pas. Sérieux, avant de tomber sur Saint Sepulcre ! je n’en avais jamais entendu parler – Oui c’est pitoyable.
Mais d’un autre côté, à écouter du Metal et à regarder des conneries sur DVD, difficile de suivre tout ce qui se fait. Saint Sepulcre ! est sorti il y a déjà quatre ans et on peut le trouver en édition de poche. (Vous remarquerez que la couvrante correspond à l’édition chez Fayard, alors que je possède l’édition Point… Question de format d’images et de mise en page en fait).

La présentation de l’éditeur : « Dans le Paris du XIIIe siècle, Richart, écolier soiffard, et Bénodet, jongleur vieillissant, tombent amoureux d’une mystérieuse prostituée. Obnubilé par la belle, Richart charge Bénodet de rédiger à sa place un devoir sur la prise de Jérusalem. Et voilà Bénodet parti sur le chemin des croisades… Au cœur d’un Moyen Age truculent et coloré, Patrick Besson trace le destin romanesque de personnages qui, étrangement, nous ressemblent.».

Ce que j’en pense : tout d’abord, au niveau background, ce n’est pas forcément la joie. Il ne faut pas s’attendre à une documentation irréprochable dans cet ouvrage. Je crois que ce n’est tout simplement pas le but de faire de Saint Sépulcre! une référence en termes de reconstitution historique. C’est un point qui pourra en gêner certains, pour ma part ça ne m’a pas dérangé outre mesure. Le fil de cette histoire est un peu tordu, j’ai failli décrocher à divers moments, car les flashbacks ou les événements parallèles se baladent et on passe allègrement d’un sujet à l’autre de chapitre en chapitre. Je trouve que les acrobaties narratives en milieu d’ouvrage sont un peu pénibles, tandis que le début et la fin de Saint Sépulcre ! coulent de source.
Ne pas s’attacher aux personnages : les âmes qui vous auront accompagné pendant les trois quarts du livre, seront sacrifiées sur l’autel de la ligne. Une ligne, un mort. Point.
Surprenant.
Au-delà de ce détail, un peu déstabilisant pour le lecteur peu aguerri que je suis, la plume de Patrick Besson est acérée, et ce roman truffé d’ironie propose, pratiquement à chaque page, une formule, une phrase, qui marquera les esprits.

« Ce qu’il reproche aux livres c’est de ne pas être fidèle à la réalité. Tous ces chevaliers qui baratinent et tous ces poètes, qui baratinent sur les chevaliers baratineurs : la voilà ta France. »

« La vie est un tel malheur, que la mort ne saurait être un malheur plus grand. »

Je dirai, si je peux me permettre, que Patrick Besson évoque les gens qui, les pieds dans la merde, regardent les cieux. C’est un peu ça, selon moi l’esprit de Saint Sépulcre ! Le passage sur la croisade est assez fatal et évocateur : Kingdom Of Heaven peut aller se rhabiller !
Les héros de cet ouvrage n’en sont point. Les attributs héroïques ont pris leur clique et leur claque pour laisser la place à des valeurs tellement plus humaines : laideur, sexe, vanité, stupidité, lâcheté…. J’en passe, mais il y en a bien d’autres. Il y a le courage quand même : toutes les fois où celui-ci pointe le bout de son nez, à chaque frémissement, il mènera sans coup férir à la mort. Une fois encore, on est bien plus proche du « Retour de Martin Guerre », que des « Chevaliers de la Table Ronde ».
La présentation de l’éditeur parle de truculence et de couleur ; truculence oui, indéniablement, couleur ? C’est de la communication on va dire. C’est comme si on annonçait du Rabelais like en quatrième de couv : Rabelais mort, enterré et bouffé par la gangrène oui !

Je reste donc sur un avis mitigé quant à Saint Sépulcre !, pas désagréable, mais la narration m’a un peu déstabilisé, dommage. Peut-être que je m’intéresserai à d’autres ouvrages de cet auteur… Ou pas. Mystère.

« C’est une lourde masse d’hommes épuisés, d’assassins angéliques qui ont gagné leur salut grâce à leurs crimes. Au-dessus d’eux le ciel d’été rouge comme la honte, et puis bleu comme la France, et puis noir comme la mort. »

Poche: 239 pages
Editeur : Points (12 octobre 2006)
Collection : Points Grands Romans
ISBN-10: 2757801724
ISBN-13: 978-2757801727

5 commentaires pour le moment

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  1. monsieurwar

    ça à l’air assez tentant quand même !

  2. Olivier

    Mais ça l’est… Je ne regrette absolument pas de l’avoir lu, j’ai juste été déstabilisé par le côté live de la narration en fait… :) Moi ch’ui vieux jeu tu vois . ^^

  3. Olivier

    De toute les manières il rôde dans la coloc, donc en cherchant bien tu pourras le trouver au détour d’une étagère…

  4. Je te conseille « Les Brabant » du même auteur, un petit chef d’œuvre de style mais sans références historiques, plutôt une plume hystérique, tenue par l’ambiguïté d’un narrateur acide. A tester, comme déjà proposé…

  5. Olivier

    @chaton : eh bien une fois que j’aurais ingurgité tout ce que je dois lire, je me lancerais sur la suite des aventures potentielles de M. Besson.