09.09
2009

Manon Lescaut

L’Abbé Prévost chez Skulking, oui !
Ça vous en bouche un coin non ?
Manon Lescaut… Oui, Manon Lescaut.
Mais pourquoi me direz-vous ?
Faisons simple. Étant donné que j’ai toujours un métro de retard (comme pas mal de monde, finalement) ce bouquin je l’ai lu récemment. Horreur ! Désespoir ! Un classique du XVIIIe… Rah, mais qu’est-ce qui me prend ?
Encore une fois, on me l’a conseillé…
Je n’ai pas la prétention de vous faire une analyse exhaustive de cette œuvre que bon nombre d’entre vous ont lue (enfin, je suppose, parce que moi et mon métro bah on ne l’avait pas lue, même pas feuilletée). Sinon, peut-être réveiller certains souvenirs ou je ne sais quoi d’équivalent.

Manon Lescaut ou L’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, c’est un roman faisant partie du cycle : Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde (chiche de faire un titre plus long? :) ) .A l’époque, l’ouvrage fut jugé scandaleux et Prévost dû subir plus d’une calomnie à cause de ce roman.

L’homme de qualité, le narrateur en déplacement dans les environs de Rouen, croise un étrange convoi, composé de soldats et de filles de mauvaise vie. Celles-ci sont en partance pour les Amériques. Touché par la beauté de l’une d’entre elles, Manon, celui-ci se renseigne auprès du chef des gardes pour en savoir un peu plus. On lui présente un jeune homme qui ne peut être qu’un proche, ou très proche.
Deux années plus tard, notre homme de qualité recroise le jeune homme à Calais, et l’invite à manger dans une hostellerie.
C’est lors du repas que notre jeune homme va conter son histoire à l’Abbé Prévost : sa rencontre avec Manon Lescaut et tout ce qui va en découler.
Pour ceux qui n’ont pas lu le livre, eh bien, je ne rentrerai pas dans les détails des événements qu’ils vont vivre…Sachez néanmoins que c’est une grande histoire d’amour, de trahison, de malheur, de mort et malgré tout d’amitié (ah sacré Tiberge !!). Le tout est dans un registre réaliste.
La psychologie des personnages est poussée (j’y reviendrai) et c’est un roman avec une écriture relativement nerveuse et fluide pour l’époque. Les schémas de narration qui sont déployés sont résolument modernes et tout dans l’œuvre est fait pour que le lecteur ne puisse rester insensible. En effet,  si vous ne vous positionnez pas en lisant le bouquin c’est que vous avez loupé quelque chose.

L’amour, ah l’amour : oui Manon Lescaut, c’est avant tout une histoire d’amour improbable entre un chevalier qui deviendra moine, joueur professionnel, prisonnier, bretteur… pour les beaux yeux de sa dame. Après, ça se complique avec Manon qui aime des Grieux, mais qui aime encore plus son confort. Pour conserver ce fameux confort, la prostitution sera bon médium… (Oui, bon, ce n’est plus trop de l’amour… OK).

Trahison : la relation entre des Grieux et Lescaut est assez particulière. Lescaut semble sincère avec des Grieux et le temps le prouvera. Néanmoins, les choix pour maintenir le foyer hors de l’eau sont toujours faits aux dépens de la pureté de leur relation. Des Grieux est un jeune homme modèle si on peut dire et au contact de Lescaut, il va se transformer, devenir beaucoup plus cynique. Le des Grieux de départ n’est pas le des Grieux de fin, loin de là.

Malheur : imaginez que dès que vous touchez quelque chose ça part en live ! (j’ai une super image par rapport a un anti Midas, mais je ne vais pas la sortir) Eh bien, notre super couple de l’apocalypse est dans la même situation : trop d’envies, trop de plaisir, trop pas de bol  :) ! Les pires choix sont toujours faits en toute situation. L’apothéose selon moi reste une discussion avec le gouverneur de la colonie dans les Amériques. Ah ah ah, un grand moment de solitude.

Mort : oui, il y a des morts, violentes ou pas, d’innocents ou pas tant que ça… Je ne dis pas que tout le monde y passe mais il y a un joli panel. La mort la plus sympa : celle du frère souteneur qui arrive telle une délivrance pour le lecteur. Un cafard de moins. Hop.

Amitié : au départ, Tiberge me désespère, le directeur de conscience dans toute sa splendeur. Peut-être que je suis trop influencé par notre époque, mais je le trouvais trop poli pour être honnête (de toutes les manières, assez pénible en Jiminy Cricket) ; au fil de la lecture, ce Saint Bernard (pas le chef des templiers, mais plutôt le clébard avec le tonnelet voyez-vous !?) carrément coincé, devient excellent. Le top : ses aventures pour rejoindre les Amériques et aider une énième fois le couple infernal. Il y a d’autres amitiés qui se lient, mais généralement celles-ci ne durent guère.

Psychologie : marrant de voir les aventures de nos deux tourtereaux de l’Enfer. Des Grieux en amoureux transi est un peu énervant et d’une naïveté exceptionnelle (dans le cadre de historique, c’est relativement cohérent). Il est constamment hanté et angoissé. Il devient plus adulte avec le temps mais est constamment porté par une certaine folie, se voilant la face d’instant en instant, faisant des choix plus médiocres les uns que les autres…
Lescaut est en demi teinte, elle fréquente des Grieux parce qu’elle l’aime, bien entendu, mais les motivations profondes sont floues, réel coup de foudre (à peu près) ? Amour de l’argent ? Elle pleure souvent des larmes sincères (hum) pour expliquer ses choix à son amant. Au final, elle se positionne comme une assez fine manipulatrice.
         Nos deux protagonistes prennent un coup de vieux … Via l’opéra :)

Manon Lescaut, j’ai aimé. J’ai enragé à la lecture de certaines pages. Cette histoire d’amour entre les deux est prenante. Nos deux amoureux évoluent de lieu en lieu, se collant forcément dans les pires situations. On voit bien que lorsqu’on n’a pas d’argent, mieux vaut ne pas avoir d’idées… Merci l’Abbé pour cette fine morale. Des Grieux me semble un peu improbable par certains aspects, car je le trouve définitivement trop naïf. Néanmoins, les non-dits et les suppositions que l’on peut faire sur cette œuvre fonctionnent très bien.
J’aurai apprécié lire une version évoquant la relation du point de vue de Manon, détaillant sa psychologie, car une fois que l’on a terminé l’ouvrage on ne connait pas grand-chose de celle-ci, elle restera jusqu’à la fin mystérieuse …

Cette histoire écrite par un abbé, forcément à l’époque, déchaine les passions. Le premier livre est une montée en puissance dans lequel il montre une certaine réalité insidieuse (et fout en l’air pas mal de concepts bien pensants). Le second livre correspondrait plus à la rédemption… Il est beaucoup moins sulfureux et les thèmes deviennent tristement plus classiques. Alors oui, le thème de départ est un peu « cucul », mais au final l’histoire et tout ce qui se déroule dans le bouquin sont beaucoup plus rock’n’roll qu’on peut le croire. Est-ce un livre sur l’amour absolu ? Peut-être sur certaines images… Mais comme dirait l’Abbé, on adore que Dieu, donc pour moi c’est plus une histoire de manipulations que d’amour. J’y crois pas, j’ai fait une fin catho  à mon article…pfff !

Ah oui spéciale dédicace à V !! Non mais  :)


5 commentaires pour le moment

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  1. ça me replonge dans de doux souvenirs ;-) L’intrigue est floue des années après… mais j’avais bien aimé : c’est bien écrit, les personnages sont profonds, mais cette vile manipulatrice de Manon m’énervait trop !

    Se déroulant à la même période, j’ai préféré « Heurs et Malheurs de la fameuse Moll Flanders » (The Fortunes and Misfortunes of the Famous Moll Flanders). Une « femme de mauvaise vie » également, déportée aussi aux Amériques, mais qui n’est pas une perverse manipulatrice (moins catho, plus protestant ? avec un happy end). Bon, je n’ai pas lu le livre mais vu une adaptation télé, mais c’était très bon.

    Enfin bref, sortie de la marquise de Merteuil, à cette époque les héroïnes féminines manquent de saveur ! (et je ne parle pas de cette quiche de Virginie !)

  2. Olivier

    Tu sais que je suis prêt à relever le défi d’ailleurs ?

  3. je sais, c’était un petit appel du pied (pour me motiver :-p )

  4. Ah, perfide Manon! Difficile de se frotter en chronique à une des figures féminines majeures de la littérature…Une héroïne qui n’aurait pas sa langue dans sa poche (déjà qu’on ne sait pas trop où elle la laisse traîner durant le récit…) si on lui donnait la parole. J’aime la première partie de la présentation, moins la seconde (avec les items façon best seller ou dallas) qui aplanissent considérablement la critique et la narration.
    Tout ça est affaire de goût, il en fallait déjà beaucoup pour publier une critique sur Manon Lescaut dans un blog aussi éclectique et contemporain.

  5. Olivier

    Dallas ça tombe bien c’est ma génération ^^  Sacré Jr !!