2009
Le Japon de nos jours. Ushijima est un Yamikin : le dernier recours des gens dans le besoin financièrement. Par l’intermédiaire de sa société Buy Buy Finance, Ushijima et ses employés prêtent de l’argent avec des taux d’intérêts prohibitifs à des individus n’ayant plus aucune autre solution (genre 50% sur dix jours). Actuellement, il y a onze tomes disponibles dans le commerce, c’est chez Kana et ça s’adresse (vraiment) à un public averti.
Vous allez me dire, oui c’est un peu Don Salustre ton gars la !? Eh bien autant Louis de Funès est comique dans la Folie des Grandeurs, autant Ushijima est sombre. Ce sinistre individu se repaît du malheur des gens. Il l’indique lui même dans le tome 1, « nous remettons à leur place des individus qui croient être encore dans le système sociétal japonais alors qu’ils n’y sont plus ».Oubliez les bons sentiments judéo-chrétiens. Ushijima est là pour faire de l’argent et tous les moyens sont bons pour y arriver.
L’univers que décrit Shohei Manabe ne dépasse jamais les bas-fonds. Des intérimaires (freeters) aux prostituées, en passant par les SDF ou des misérables salary-man ; l’auteur dépeint par les yeux de son héros (si je puis dire) un système en fin de vie et ses failles apparentes.
Faille financière, faille sociale, désespoir urbain. Tout est montré sans enjolivure et sans cadeau. Des addicts du Pachinko (un jeu de hasard), du sexe, en passant par des drogues diverses, Ushijima regarde tout cela avec sa calculatrice en main. Ni plus ni moins. Le désespoir et le mal-être des individus est exploité au maximum : certains y survivront, d’autres pas.Il n’y a pas un grand thème dans Ushijima, mais plus des focus sur des situations, cela peut s’étirer sur un tome ou deux généralement.
Ushijima et son équipe sont, bien entendu, les référents de la narration, mais on s’éloigne à chaque fois d’eux pour suivre en détails le quotidien des malheureux. Car oui, au final, les héros ce sont les victimes, on les voit se débattre contre la réalité qui les aspire, les étreint… Ushijima pouvant éventuellement donner le coup final d’ailleurs…
Une dernière note, le dessin est assez particulier et ne colle pas aux références manga habituelles, le graphisme de Shohei étant très expressif et en même temps malhabile… C’est très particulier pour les personnages. Par contre, pour tout ce qui est urbanisme galopant, il est vraiment efficace.Ce qui donne, parfois des personnages déformés (les loosers) dans une ville parfaite (la société).
Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins, vous aimez le Doom, vous êtes triste et fan de manga ? C’est fait pour vous. Les autres rabattez-vous sur le dernier Lanfeust…
J’aime : le réalisme de certaines situations, les problématiques psychologiques des individus, le dessin (bah ouais, je le kiffe moi son graphisme !), toutes les sphères de la société sont passées au scalpel : des Yakusa ratés (rare quand même non ?) aux autres Yamikins (usuriers comme Ushijima), en passant par les petits jeunes (des loups aux dents longues) ou les retraités qui claquent leur argent en bourse…
Je n’aime pas : parfois Ushijima est un peu trop inébranlable, dommage. Il y a un petit passage à vide entre les tomes 6-8, genre ça crampe un peu. Mes préférés restant les trois premiers…
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