13.11
2009

Ikigami- Préavis de mort

ikigami-01Au Japon, dans un futur proche, le gouvernement met en place une loi drastique visant à faire baisser délinquance et criminalité dans le pays: la loi de Prospérité nationale. Le concept est simple : à l’âge de six ans, tous les enfants du pays se font vacciner contre diverses maladies ; mais une seringue sur mille contient une nanocapsule qui à une date donnée (entre 18 et 24 ans), entrainera la mort du patient en explosant dans son cœur.

Nul ne sait qui est condamné lors de l’injection, et ainsi chacun prend sens de la valeur de la vie et consacre sa jeunesse à tenter de réussir, ne sachant pas s’il pourra profiter de l’avenir. Tel est le sujet plein d’optimisme (la série est catégorisée « seinen », c’est-à-dire pour adultes) que nous propose Motoro Mase dans son manga Ikigami, édité par Asuka, et dont le quatrième tome est sorti fin septembre.

Le récit suit les traces  du jeune Fujimoto, récemment entré au service du ministère de la Santé et de la Protection Sociale, et dont le travail consiste à livrer les Ikigami, les préavis de mort signifiant à la personne condamnée qu’elle n’a plus que vingt-quatre heures à vivre.
Chaque tome est construit sur le même schéma : deux récits nous décrivent les actions entreprises par les condamnés durant leurs dernières heures, entrecoupés des réflexions de Fujimoto sur le sens de la loi de Prospérité nationale.Ikigami_2_centre

Ce qui fait à mon sens la force d’Ikigami, c’est le rapport presque paradoxal qu’établit l’auteur entre un sujet très ancré dans la mentalité japonaise (le sacrifice de l’individu pour le bien-être du groupe), et des personnages aux attitudes et réactions souvent éloignées de l’image de soumission que renvoie un Japon qui a, durant son histoire, très souvent été tourné tout entier vers la mort.

ikigami1Au final, Motoro Mase se sert de la facilité avec laquelle la loi de Prospérité nationale pourrait s’intégrer dans les mœurs japonaises, pour nous donner l’impression d’être en terrain connu, mais élargit très rapidement son propos en donnant à voir des individus dont les réactions sont prises en compte dans le cadre du facteur humain, et plus dans celui de leur nationalité uniquement.
Une simple question, que se pose Fujimoto lors des longues heures qu’il passe devant son bureau, construisant les bases de la réflexion que Motoro souhaite engager chez le lecteur: est-ce la société qui a rendu nécessaire la loi de Prospérité nationale, ou cette dernière qui a fait de la société ce qu’elle est aujourd’hui ?

Dans Ikigami, la mort n’est pas un jeu. Ici, pas de Dieu de la Mort facétieux, ou de carnet magique (Cf. Deathnote) ; juste les derniers instants, souvent douloureux, d’une mort programmée.

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  1. intéressant concept !