2009
Errance dominicale dans la crèmerie du coin, plusieurs minutes à longuement consulter les rayons… Faut pas croire, une crèmerie c’est grand, et le premier dimanche de décembre cette crèmerie là était noire de monde.
Rayon BD, plus de trente minutes à tâter la marchandise… Quelques rencontres plus ou moins heureuses… Vous vous en rendrez compte d’ici peu.
Le Dernier des Templiers, La Prophétie fait partie des trois monstres errants (NDLR Terme de jeu de rôle qui évoque les rencontres aléatoires que peuvent faire les aventuriers lors de leurs divers déplacements dans le monde au sein duquel ils évoluent) que j’ai croisés ce dimanche. Tout seul comme un grand, je me suis jeté dans la gueule de ce pavé de plus de 240 pages. Format comics, couverture pas hyper lisible, je le feuillète et j’accroche directement sur le graphisme proposé… Je ne vais pas vous parler longtemps des auteurs, car je ne les connais pas, le monde du Comic étant relativement hermétique pour le néophyte que je suis. Néanmoins Michael Avon Oeming a travaillé avec Mignola et Brendis ; Brian J.L Glass quant à lui en tant que scénariste n’a rien fait de significatif à mes yeux (newbie je suis).
Tout d’abord, Le Dernier Templier c’est une histoire de souris, oui une histoire de souris. Mes premiers contacts avec les animaux en BD (au-delà de Babar) furent à l’époque Usagi, Maus bien sûr ainsi que les premiers travaux de Trondheim (pas la ville en Norvège hein !) et la série Donjons qui depuis maintes années invite pas mal d’auteurs à travailler sur ce style de Bd anthropomorphique (Sfar, Larcenet…). Ce qui est certain, c’est que j’ai toujours eu un soft spot pour cette approche de la bande dessinée. Tout cela me fait de plus penser à la nouvelle de Robert Boudet, Cœur de Lion. (En cherchant sur le net vous devriez pouvoir la consulter).
Le graphisme, au-delà de la couverture que je trouve un peu lourde voire pas fun, tout le long de ce premier tome, est nerveux et tranché. Il a l’avantage d’être aussi puissant en couleur qu’en noir et
blanc.
On appréciera les passages à l’encre ou à l’aquarelle pour tout ce qui est plus ou moins mythique… C’est relativement impressionnant et agréable à l’œil.
Au début de la lecture, je me suis dit que la façon dont on évoluait au sein des diverses planches était assez simple, puis avançant de plus en plus dans l’œuvre, m’imprégnant de l’ambiance je découvrais nombres de détails assez intéressants : changement de polices de caractères en fonction des individus, présence d’un narrateur qu’on ne voit pas, planche très grand format à déplier (genre pliée en trois, un régal), illustration unique pour présenter les chapitres, introduction des deux auteurs, carte du monde, encyclopédie de plus de trente pages à la fin de l’ouvrage (expliquant les sources avec des liens sur Wikipédia , bibliographie)… Sérieusement du très très bon travail.
Mais venons à l’histoire. Pour faire les choses correctement, voici la présentation de l’éditeur : Karic rêve de devenir un jour Templier, ces légendaires chevaliers qui maintenaient jadis l’ordre du monde. Lorsqu’une armée de rats attaque et asservit son village, il puise en lui le courage de s’élever contre l’oppression et d’accomplir son destin. Épaulé par un vieux guerrier solitaire, Karic entame un extraordinaire voyage.
Comment exprimer ce que j’ai ressenti à la lecture du Dernier Templier, La Prophétie ? C’est une bande dessinée énorme que j’ai dévorée d’une traite. Au fil des pages, je me suis dit qu’au niveau scénario il y avait un travail monstrueux pour donner une cohérence au monde décrit sous nos yeux. Le monde des souris est en parallèle constant avec les mythes celtes et scandinaves que nous connaissons. Tout le long, nous arpentons des terres connues, car elles résonnent forcément dans notre esprit, il faut juste fouiller un peu afin de retrouver la source d’inspiration. Les dieux poissons, Wotan, Anaius la Noire, ne sont qu’une petite partie de ce qui est proposé tout le long de l’ouvrage. Cette quête épique puise son inspiration dans un registre chrétien que l’on connaît bien : le sacrifice de soi
pour les autres, mais cela pourrait être aussi bien dans l’univers de Kipling (Rikki Tiki Tavi la mangouste), Brisby et le Secret de Nimh, Le Seigneur des Anneaux ou tout simplement Star Wars. Histoire simpliste au possible, on suit les errances de Karic accompagné de son maître Pilote le grand, et au-delà des aventures physiques, l’aventure spirituelle du jeune Karic prend de plus en plus d’ampleur. La grande force de cette œuvre, c’est qu’évidemment que tout nous parle, on connaît, on suppute, on déchiffre tous les messages que les auteurs nous font passer et ce registre « souristique », bien éloigné de notre quotidien, parle de plus en plus au lecteur averti.
Je ne vais pas vous raconter par le détail l’histoire, ce serait vous gâcher la lecture, mais si vous êtes sensible au principe du maître et l’apprenti avec une ambiance à la « Spartacus » (sans les chaînes et les gladiateurs) vous pouvez vous lancer dans l’aventure, les yeux fermés ou juste avec un œil (façon Wotan qui veille sur les Terres obscures).
J’aime : le graphisme que l’on pourrait parfois comparer à du Mignola, tous les procédés de narrations qui sont vraiment intelligents, l’histoire bien que simple peut transporter le lecteur et c’est vraiment frustrant d’arriver à la fin de La Prophétie, c’est dire : je me demande si je ne vais pas prendre la suite en anglais, histoire de gagner du temps… Le travail encyclopédique à la fin de l’ouvrage est fabuleux. Tout est décortiqué, les mythes, les métaphores c’est vraiment un boulot excellent. J’adore lorsque dans un monde créé de toutes pièces, les auteurs prennent le temps de nous donner la matière pour analyser le travail… Les illustrations en bonus sont bien sympa aussi (surtout qu’elles sont effectuées par d’autres dessinateurs).
Je n’aime pas : le laïus de Brian J.L Glass quand il explique son travail à la fin… Mais bon c’est un détail. (Tout est foi dans une conclusion ça a tendance à m’énerver…).
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