04.02
2010

Geoff Johns et Blackest Night

Prenons une discussion entre amateurs de BD franco-belges : ils évoqueront peut-être le dernier volume de De capes et de crocs, parleront de l’intelligence de la série Magasin General, ou penseront avec extase aux exquises poitrines des personnages de Marini. Un tiers écoutant la conversation trouvera toujours quelques éléments auxquels se raccrocher.

Considérons ensuite un échange entre fans de manga : ils s’exciteront sur le dernier retournement de situation de Naruto, brûleront leur testostérone en imitant Guts de Berserk, et se moqueront de leur petite sœur qui lit Fruits Basket ou Nana. Un auditeur discret se sentira peut-être un peu dans le vague, mais devrait pouvoir au moins se faire une idée des multiples genres.

Penchons-nous enfin sur un débat entre passionnés de comics : ils évoqueront les merveilles du dernier volume de Blackest Night, notamment le retour de personnages disparus depuis quinze années, mais qu’il est tout à fait normal de retrouver là (en fait, certains personnages en sont à leur troisième identité, sans compter qu’ils portent parfois le même nom que d’autres héros sans pour autant avoir les mêmes capacités) ; compareront l’arc de DC avec Nécrosha, celui de Marvel mettant notamment en scène les Xmen (la version Uncanny, pas la Ultimate évidemment), et tenteront de reconstruire la chronologie impliquant des héros au travers de leurs publications supposées présenter des évènements quasi simultanés (Superman, par exemple, avec Action Comics, Superman et The Adventures of Superman ou encore New Krypton) Un néophyte tentant de se greffer à la conversation n’aura qu’à aller se pendre…

Car oui, être fan de comics est quasiment un métier à plein temps, au vu des dizaines de références, réapparitions, disparitions, changements d’identités, de dessinateurs ou de scénaristes, qui peuplent chaque semaine les stands. Mais lorsqu’un auteur parvient à saisir l’essence de ce qu’est devenu le comic book moderne pour en faire l’armature de la trame d’une série, le passionné atteint le Nirvana (qui serait peuplé ici de guerrières lascives en spandex moulant ; oui l’amateur de comics est principalement masculin). Et c’est ici qu’entre en jeu Geoff Johns. Ayant principalement officié chez DC d’abord sur Stargirl puis JSA et Flash, le sieur Johns prend toute sa mesure lorsqu’il s’attaque à la résurrection du plus légendaire des Green Lantern : Hal Jordan.

INTERRUPTION MOMENTANEE DES PROGRAMMES : pour les deux du fond qui n’écoutent pas, je rappelle ici que Green Lantern est un personnage ayant hérité d’un anneau lui permettant de modeler l’énergie du dit anneau sous la forme qu’il souhaite. La seule limite étant la force de sa volonté.

Bien que cela ne se voit pas sur les photos de l’homme, Geoff Johns possède probablement un bulbe rachidien digne des Coneheads, tant il semble tout connaître de l’univers d’un personnage lorsqu’il s’attelle à le faire vivre. Et c’est cela qui fait sa grande force. Johns prend constamment en compte ce qui a été fait par ses prédécesseurs, de la réapparition d’un puissant ennemi un an plus tôt à la courte aventure d’un Green Lantern « subalterne » il y a de cela 40 ans. Et il le réinjecte dans ses œuvres, nous donnant à voir un monde à la fois terriblement complexe (60 années d’aventures, ça laisse des traces), mais d’une richesse sans précédent. Bien que les références pleuvent, cette démarche donne à l’univers présenté une force que peu d’auteurs parviennent à atteindre : il en est si bien défini qu’il vit de lui même.

Ses récits incarnent très souvent la quintessence de l’univers du personnage donné, et ce n’est jamais plus vrai que dans son actuel cycle : Blackest Night. Sans entrer dans une description si détaillée qu’elle rendrait un génie de la physique quantique neurasthénique (je n’ai pas dit Stephen Hawking, méchants que vous êtes !), il me suffira d’expliquer qu’après l’émergence de nouvelles forces émotionnelles au sein de la galaxie (les Green Lantern incarnant la volonté), les principaux héros de l’univers DC se retrouvent confrontés à la pire des menaces : les Black Lantern, hérauts de la Mort, et dont les anneaux ramènent à la vie de nombreux personnages ayant rendu l’âme depuis certaines publications des années 30.

Les héros de comics n’ont de cesse de mourir une, ou plusieurs fois, au cours de leurs aventures ; Johns se pose donc une question fondamentale : quelle est la valeur de la mort (et donc de la vie) dans un univers où les résurrections sont monnaies courantes. Sa réponse est à la fois complexe et essentielle, prenant toute sa force, comme je l’ai précédemment évoqué, dans la solidité des trames qu’il tisse.

Les traumas de personnages en apparence intouchables n’en ressortent que plus intenses, et recentrent le récit sur l’essence du comic book de super héros : aussi puissant que soit le corps, il ne peut rien contre les faiblesses de l’âme. Le vrai héros est celui qui saura faire de la force de son âme sa plus puissante arme.

6 commentaires pour le moment

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  1. Olivier

    Alors j’ai cherché sur le net les tomes… Il y’en a trop. Il faut commencer par lequel ?
    Merci Deadpoule ^^

  2. Ahah, « intelligence de Magasin général »… Moi je parlerais plutôt de vide intersidéral et de foutage de gueule, mais bon…

  3. Olivier

    L’égout, les couleuvres tu sais … ^^

  4. @Olivier: L’idéal est de commencer par les tradepaperback racontant le retour de Hal Jordan: Green Lantern Rebirth et Green Lantern No Fear.
    @Arnaud: c’était pour donner l’impression que je ne parlais pas que des poitrines de Marini :-)

  5. Purée Arnaud tu es désespérant ! Magasin Général n’est pas un foutage de gueule j’en suis désolé ! que tu n’aimes pas je le conçois ; que tu n’adhères pas à l’idée marketing du produit aussi ! mais cette série traite de sujets peu évoqués dans l’univers de la BD ! Et puis côté dessin c’est de très bonne facture !
    tiens ben pour le coup j’en ferais une chronique !!!

  6. Ca n’a rien à voir avec l’aspect marketing ( quoique si Loisel n’eut pas signé ce truc, il y a de bonnes chances pour qu’à l’heure actuelle « magasin général » soit déjà tombé aux oubliettes ).

    C’est vide, inintéressant, les personnages sont creux et chiants au possible, les situations cousues de fil blanc… et attention spoil : grosse péripétie du tome un : le gros benêt de base se casse la jambe ! Et je ne vous aprle pas des « révélations » dans les tomes suivants ! Comment la famille hingals canadienne va s’en sortir ???

    Non vraiment faut arrêter de se toucher avec ces séries pseudo tranches de vies, ça me fait douloureusement penser à l’utilisation outrancière de la licence poétique pour justifier une soi-disante démarche artistique vide de sens.