06.09
2009

Le Kalevala

Kalevala… depuis longtemps, je suis intrigué par cette histoire. Lors de mon unique passage à Helsinki, je me suis procuré une version anglaise de cette épopée. J’admets avoir présumé un peu de mes forces et finalement deux ans plus tard, j’ai opté pour une version française. Du coup, j’ai bien moins de mal à la parcourir…Étonnant non ?

On va faire simple, 22800 vers répartis dans cinquante chants, compilés par Elias Lönnrot, médecin et archiviste. Issue uniquement de la tradition orale des peuples de Finlande, l’épopée du Kalevala retrace par divers aspects les mythes et légendes composant la cosmogonie finnoise. C’est assez intéressant de se pencher sur les méthodes d’Elias Lönnrot pour glaner les bribes de chants afin d’obtenir cette œuvre. Celui-ci, par exemple, dut user plusieurs fois de stratagèmes auprès des divers shamans contactés, déguisant son identité, car ceux-ci, craignant un jugement pour hérésie, n’osaient chanter leur savoir. C’était « roots » en Finlande au XIXème siècle !! Dans les années 1830-1850, Lönnrot parcourut donc la Finlande, en particulier la Carélie pour obtenir cette substantifique moelle. Les chants tournent tous autour du pays mais ne sont pas forcément liés, il n’y a pas réellement d’échelle de temps, mais on retrouve des points communs. Lönnrot a travaillé pour faire certaines jonctions entre les divers chants, au delà de ce point, il a conservé la forme de ce qu’il avait pu récupérer. Nous avons donc là, à l’instar du Mahâbhârata ou de l’Odyssée, une épopée préchrétienne. La version qui est traduite actuellement découle de la dernière compilation en date de 1849.

Dans le pays de Kalevala, vous pourrez découvrir les aventures de Väinämöinen, le fils d’Ilmatar, Ilmarinen le forgeron, Lemminkäinen héros bien heureux ou le héros tragique Kullervo. Les aventures en elles-mêmes sont particulièrement mystiques. On découvre notamment la lutte pour conquérir la fille de Louhi, maitresse du Pohjola (Pays du Nord), où sera créé le Sampo, moulin fabuleux qui apporte la prospérité. Celui-ci, d’ailleurs, sera brisé et malgré ce point de détail, il continuera à octroyer ses bienfaits à son entourage.
Les choses qui m’ont étonné : tous les héros, individus cités, connaissent la magie. C’est une magie issue du chant. En chantant les éléments ou la nature, vous pouvez modifier celle-ci. Väinämöinen, est « Le Barde », dès le départ du Kalevala, c’est un vieillard, grand enchanteur qui enchante en chantant (vous voyez ce que j’entends par là ? :) ). Ilmarinen, le forgeron, est peut être le personnage le moins torturé de l’épopée, par son talent et sa ténacité, il parvient à forger l’objet mythique de cette épopée. Lemminkäinen, le héros splendide et querelleur, arrive toujours rapidement à ses fins, mais est constamment dans un mode d’insatisfaction qui le conduira vers son « trépas ». Pour ce qui est de Kullervo, il faut savoir que celui-ci a influencé Tolkien dans sa conception de Turin Turambar, donc tout est dit. (Mode Geek ON : tous les fans de J.R.R Tolkien m’auront compris… D’ailleurs, il faut savoir que le Quenya, la langue des Noldo est inspirée du finlandais – Mode Geek OFF). J’ai adoré le Pays des Morts (là encore, c’est vraiment étonnant), sa formalisation est totalement abstraite mais il ressort à chaque fois des vers le concernant, une impression sinistre et d’inéluctabilité très présente. C’est fort ça !
Ukko, le maître du panthéon, est distant et on constate l’influence chrétienne dans la manière dont les vers le concernant sont tournés.  Même si le Kalevala est très ancien, il a aussi phagocyté les mœurs des diverses époques. Le rapport à la musique est toujours très important, au delà du chant, le Kantele (instrument à cordes finlandais) est un objet totalement nécessaire à l’exercice du barde.
La structure des vers est assez simpliste, dans le sens ou issue d’une tradition orale, on a nombre de répétitions tout le long des chants. J’ai adoré les notes pratiquement ethnographiques expliquant les pratiques des shamans.

Au global, un ouvrage de référence pour qui peut s’intéresser à la culture finlandaise. Percevoir, même par l’intermédiaire d’une traduction, le Kalevala, c’est déjà soulever le voile de givre qui recouvre le pays des mille lacs.

Notes : au niveau musique, vous pouvez vous intéresser aux groupes Ensiferum et Amorphis dont une grande partie des travaux tourne  autour du Kalevala (tiens, des groupes de Metal ?!!). Sinon, en World music, de mémoire, il y avait un album de Varttina qui se nommait Ilmatar ( eh eh eh).
On y est non ? :)

Plus d’info ? C’est ici !

Le Kalevala de Elias Lönnrot
686 pages
Editeur : Honoré Champion (19 mars 2009)
Collection : Champion Classiques

3 commentaires pour le moment

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  1. R2rien

    J’hallucine ! tu as chroniqué THE OEUVRE !!! Bon alors la langue c’est le finnois et les habitants sont des finlandais (‘culture finlandaise et non finnoise… enfin je fais mon chieur) voire dans le cas du Kalevala on peut parler des same ou saamis. Bref c’est une oeuvre sublime quel que peu difficile cependant à lire car très abstraite. Bon après je ne suis pas objectif car un Ours rugit en moi :)

  2. Olivier

    Je vais corriger Monseigneur :) ) Merci.

  3. R2rien

    Ben tu viens jouer dans le Finmark aussi… :)