2010
Charlotte Corday incarne le refus d’une gauche de ressentiment qui jouit de l’occasion offerte par 1789 pour donner libre cours à sa haine, ses jalousies, ses envies. Elle qui a lu Plutarque et Corneille, son ancêtre, elle ne se contente pas de pérorer dans un temps où l’on parle beaucoup, souvent à tort et à travers : elle agit. Quel intérêt de lire et d’admirer les grands romains de la république si, dans ces circonstances historiques particulières, on ne se hisse pas à leur hauteur ? Elle dit clairement son républicanisme et son mépris de la faiblesse du Roi, elle affirme les idéaux des Lumières et se soucie comme d’une guigne des vertus chrétiennes, elle peste contre le dévoiement de l’esprit de 1789 dans le sang de la Terreur, elle est la véritable Amie du Peuple alors que Marat, emblématique homme du ressentiment, se sert de la Révolution française pour régler des comptes avec le monde qui ne lui a pas donné ce qu’il attendait : titres de noblesse, visibilité mondaine, argent, pouvoir, honneur, reconnaissance institutionnelle. Charlotte Corday incarne le tyrannicide, cher au cœur des amis de Plutarque. Elle incarne la morale et la vertu, la pureté et l’idéal dans un monde où triomphent le vice, l’immoralité, l’impureté, la haine. Son geste fonde la « religion du poignard » , selon les mots de Michelet, une religion sans Dieu bien utile en nos temps déraisonnables de nihilisme triomphant. (4ème de couverture)
Je me suis plongé dans cet ouvrage, un peu au hasard, le titre était accrocheur, la présentation simple et efficace. Porté par le texte, j’ai dévoré l’ouvrage en une heure tout au plus. Ce n’est pas vraiment un essai de philosophie, ça m’a clairement fait penser à l’émission de France Inter : 2000 ans d’Histoire (oui on a les références que l’on peut). À la manière d’un historien, Michel Onfray essaye de nous faire découvrir un contexte particulier, ponctué d’exemples, et d’extraits issus d’échanges épistolaires, ou d’ouvrages de référence. Cette matière renforce et crédibilise les théories évoquées dans cet Éloge de Charlotte Corday. La façon dont Michel Onfray s’attache à décrire cette figure méconnue est touchante et souligne d’autant plus l’effroyable démarche de Jean-Paul Marat. Charlotte Corday, figure antique d’un pays en proie à la colère, se sacrifia dans l’espoir de montrer la voie au peuple, cette via antiqua elle-même, qui ne fût perçue que bien plus tard.
J’aime : les détails concernant les cas de cannibalisme lors de la Révolution (ah les Dyonisies !!), la biographie de Marat (l’Ami du Peuple), les croupières taillées au Marquis de Sade, David (le peintre pas le coiffeur- oui elle est nulle d’accord…). La somme de détails, évoquant la barbarie des événements. Saviez-vous qu’en 1795, une loi fut promulguée autorisant les parents à renommer les enfants s’appelant Jean-Paul : j’adore ce genre de détails.
Je n’aime pas : la taille de l’ouvrage, La Religion du poignard atteint péniblement quatre-vingts pages, le format est relativement aéré, donc par rapport au prix de l’ouvrage, ça fait un peu cher du caractère… A priori, il y a au moins une erreur, par rapport à la citation de Michel Ragon (pages 62-63) qui explique qu’un quart de la France a succombé aux événements de la Révolution et dans le même paragraphe on parle de 600 000 exécutions… La France était constituée de 2 400 000 individus à l’époque ? J’en doute.
Éditeur : Éditions Galilée (12 février 2009)
Collection : Débats
Langue : Français
ISBN-10: 2718607912
ISBN-13: 978-2718607917
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Intéressant ! Sinon effectivement, ils ont du oublier un zéro dans le nombre d’habitants, qui devait plutôt être compris entre 24 000 000 et 40 000 000…
Purée, mais cette histoire de Jean-paul…. ça me rappelle la stupide loi des impôts sur la taille des fenêtres…
Bonne chronique…Mais effectivement, il semble y avoir un problème dans les chiffres. Peut-être faut-il contacter Onfray par mail ?
D’ailleurs, on f’rais ça qu’on n’aurait pas tort…