19.01
2010

Gaza 1956

Cette fois, on attaque du lourd. « Gaza 1956 », comme vous vous en doutez, évoque cette petite bande de terre palestinienne, coincée par la frontière avec Israël au nord, au sud, à l’est ; et à l’ouest un accès réduit à la mer Méditerranée. Reliée à la Palestine grâce à des voies très contrôlées par des checkpoints surchargés, la ville de Gaza souffre depuis des années de la réputation sulfureuse de nid à terroristes, notamment à cause de Cheik Yassine qui a prêché la lutte armée jusqu’à sa mort. Mais on oublie souvent que la majeure partie des Gazaouis cherche simplement à avoir une vie simple et calme, comme tout un chacun. Et c’est en se penchant sur un événement particulier, survenu en 1956, que Joe Sacco va chercher à comprendre les origines d’une spirale de guerre incontrôlable…

L’histoire :

Joe Sacco (« Le jour où… », « Palestine », « Derniers jours de guerre », ...) n’est pas seulement auteur de BD, il est également journaliste. Et quoi de plus naturel pour lui que de coupler ces deux fonctions afin de parler de sujets difficiles, complexes, et tenter de les apporter à un public qui n’aurait pas l’idée de se pencher dessus ? Et c’est en étudiant un événement survenu en 1956 à Khan-younis,  que Joe Sacco a l’idée d’enquêter sur un sujet qui semble avoir été étouffé, tant par Israël que par l’ONU : un massacre gratuit et sans précédent de centaines de civils innocents. Mais il va se heurter à la faillibilité de souvenirs vieux de soixante ans, dans un contexte actuel où la violence quotidienne banalise l’exceptionnalité des événements d’hier, brouillant encore les pièces d’un puzzle voué à disparaître dans les sables de l’oubli de l’enfer de Gaza…

En Gros :

Disons-le franchement : le sujet est très intéressant et Joe Sacco soulève des questions pertinentes quant à ce qu’il s’est réellement passé là-bas ; et quant aux raisons du silence tant d’Israël que des forces occidentales face à cette boucherie. Maintenant, on se pose cependant la question de l’intérêt de faire un livre reposant uniquement sur des souvenirs trop vieux et imprécis pour évoquer quelque chose d’aussi grave.

Car le lecteur va fatalement se positionner en juge. Il va juger des actes flous, recoupés, élagués et, malgré toute l’inhumanité de l’acte, se poser des questions sur sa véracité. Finalement, on se demande si ce livre ne dessert pas plus le propos qu’il ne le sert. De plus, la narration chaotique, entrecoupant souvenirs passés, présents, sans réellement se focaliser sur une époque, embrouille encore plus le lecteur, qui devra passer tout de même plusieurs heures de lecture afin de venir à bout des presque 400 pages qui composent l’ouvrage.

Graphiquement, tout se tient. Le noir et blanc est un style idéal pour ce genre de sujets. On regrettera le positionnement de Joe Sacco dans ses pages, qui parasite à la première personne des points du récit, contrairement à un Guy Delisle (« Shenzen », « Pyongyang », ...) ou une Marjane Satrapi (« Persépolis », …), qui gèrent beaucoup mieux leur présence au sein de leurs récits.

Au final, « Gaza 1956 » est un livre intéressant mais maladroit et embrouillé qui, sans le vouloir, finit dans sa forme par coller à l’imbroglio que représente la complexe et difficile relation entre Israéliens et Palestiniens.

Editeur : Futuropolis
ISBN : 9782754 802529
Prix : 29 €

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