2009
Me voilà, poussant une nouvelle fois la porte de la boutique de mon libraire favori, à me demander ce que j’allais bien encore pouvoir acheter. Il faut dire que j’ai un peu la collectionnite aigu depuis que j’ai décidé de lire autre chose que de l’heroic fantasy en matière de franco belge.
M’étant lié d’amitié avec l’un des vendeurs et ne voyant rien qui accroche mon regard sur l’étalage des nouveautés, je lui demande ce qu’il me conseille d’acheter. Là, il n’hésite pas et me tend « Saint Kilda » de chez EP (Emmanuel Proust Editions). Tout de suite, j’accroche sur la couverture aux couleurs embruns. J’empoigne l’objet du délit et parcours rapidement le dessin qui est mon 1er critère d’éligibilité. Autant je peux lire une BD qui me paraît esthétiquement très réussie mais avec un scénario inepte, autant l’inverse n’est pas possible… Ma première impression me laisse un goût un peu trop iodé J. Les couleurs me semblent, par moment, trop criardes ; les visages des personnages trop enfantins. Encore une couverture qui survend le produit me dis-je ! Mais Sébastien (le fameux vendeur) insiste et me fait l’article « Tu aimes les huis-clos ? Une dose de mystère et l’exotisme ?». Comme j’ai confiance en lui, je saute le pas. Je repars donc avec l’objet sous les bras.
Alors d’abord, Saint Kilda c’est qui ? Eh bien, c’est surtout quoi ou plutôt où… C’est un archipel qui se situe à l’ouest de l’archipel des Hébrides qui est lui-même à l’ouest de l’Ecosse. Hirta, l’île principale s’étend sur 670 ha. Peuplé depuis sans doute le bas Moyen-Âge et évacué à la demande de ses habitants en 1930, le sol est magmatique vu que l’archipel est un ancien volcan depuis fort longtemps éteint. La rudesse du climat et de la vie a donc poussé la centaine d’habitants à demander d’être évacués de ce lieu où seuls le vent et la mer s’y complaisent. A noter que l’archipel est un des quatre lieux écossais classés au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco. Quant au nom, il provient, sans qu’on n’en soit certain, du vieux norrois « sunt kelda » qui peut se traduire aisément par « eau douce de source » (Quoi ?? vous ne pratiquez pas couramment le vieux norrois ???).
Mais revenons donc à notre BD. Saint Kilda est un diptyque dont le 1er volume se nomme « Les Esprits d’Hirta ». Le second volume n’est pas encore paru mais il se nommera « L’esprit de l’île ».
L’histoire débute par le départ pour ce chapelet d’îles, d’un thésard en biologie, Darius Kingsley. En effet, ce brave étudiant anglais issu de la bourgeoisie doit son départ pour ce morceau de caillou à sa thèse soutenant les théories d’un certain Darwin. Il faut dire qu’à la fin du 19e siècle, il n’avait pas très bonne presse dans cette Angleterre plus que pieuse.
Du coup, son père, influent industriel, obtient l’annulation de sa soutenance de thèse (pour éviter que le nom de la famille soit sali) et l’envoie pour 2 ans sur Hirta, étudier la faune et la flore de l’archipel (dénué d’arbres du fait du sol magmatique, l’archipel est un lieu de reproduction pour beaucoup d’espèces d’oiseaux marins). Il y découvrira une société autarcique vivant de règles bien particulières.
Au final, le dessin, que je classerais comme « naïf », m’est apparu peu accrocheur. J’aime surtout le délavé des ciels, des brouillards, rendant à mon sens toute la magnificence et le mystère des lieux (j’avoue que je serais tenté un jour d’aller y faire un tour). A contrario, comme le scénario joue sur un jeu incessant de flashbacks pour introduire le contexte, les planches en milieu urbain sont plus que moyennes. Les visages et les proportions sont approximatifs. Le souci du détail est peu présent. Bref, vous l’aurez compris, mon impression à la librairie s’est confirmée à la lecture de l’œuvre. Néanmoins je me jetterai sur le second volume car j’ai bien aimé la construction scénaristique, le choix très original du lieu de l’histoire qui a piqué ma curiosité, ainsi que l’atmosphère. J’y ai trouvé un goût de divers films comme « Les Autres », « Le Village » ou encore « Sleepy Hollow »..
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