04.12
2009

Chronicles of the Raven

DawnthiefComme beaucoup qui considèrent que depuis le théâtre grec, rien de nouveau n’a été inventé en dramaturgie, je fais partie de ceux qui, bien qu’adorant la Fantasy, pensent que tous les romans de ce genre puisent leurs sources dans deux cycles, considérés comme fondateurs du genre : Le Seigneur des Anneaux de JRR Tolkien, et Conan le barbare de Robert E Howard.

Alors, comment apporter du sang frais à un genre qui peut rapidement se scléroser voire pire, s’autoparodier ? Certains entament de longs cycles, et cristallisent la structure du Seigneur des Anneaux dans leurs premiers tomes, comme pour s’exorciser de son influence (Robert Jordan et « The Wheel of time »). D’autres ajoutent esprit et désespoir à la brutalité de Conan (Michael Moorcock et « Elric » ou « Hawkmoon »). James Barclay, avec Chronicles of the Raven, choisit pour sa part de mettre en avant non pas un héros, mais un groupe, idée déjà exploitée dans « La compagnie noire » de Glenn Cook, ou « Orcs » de Stan Nicholls, mais en y instillant ce qui manque à beaucoup trop d’œuvres de Fantasy : une âme.

Le monde : Balaia. Les héros : The Raven, six guerriers humains et un mage elfe formant le plus célèbre groupe de mercenaires du pays. Leur credo : toujours faire les choses à leur manière, sans tenir compte des avis extérieurs. Chacun a une confiance aveugle en l’autre, et pour cause : The Raven n’a jamais perdu une bataille.

nightchildIci, pas de jeune héros entamant une quête initiatique lui ouvrant la voie de l’honneur. Nos personnages ont déjà vu des dizaines de batailles, tués des centaines d’hommes et sont sur le point de prendre leur retraite. Mais quelle histoire raconter si les personnages pensent à se mettre au vert dès le début de l’ouvrage, me demanderas-tu lecteur perspicace? Eh bien tout simplement l’histoire d’un groupe dont la force de chaque individualité rend l’ensemble indestructible ; dont on aime tous les personnages, sans pouvoir vraiment en préférer un seul, car le vrai héros c’est le groupe.

Et par une entame terriblement dynamique, James Barclay nous permet de faire le groupe nôtre, de nous sentir comme le huitième membre, en phase avec les autres. Le style de l’auteur classe la série dans de l’Action-Fantasy brutale et intense. Dès les premières pages, on sait que même les héros peuvent mourir, rendant chaque bataille risquée, âpre, totale. Dans Chronicles of the Raven, un voyage de plusieurs jours est décrit en quatre lignes, tandis que l’infiltration au cœur d’un collège de magie, bourrée de rebondissements, nous tiendra en haleine pendant de multiples chapitres. Ici, le lecteur ne pense pas au sauvetage évident du héros, car il sait que l’auteur n’épargnera personne. Nul ne peut rester invincible à jamais, et c’est l’amer constat que nous propose James Barclay au long des sept ouvrages que constituent sa saga.

NoonshadeLa série a le grand avantage d’inclure un arc de narration par tome, ne prenant pas, pour ainsi dire, le risque de lasser le lecteur en repoussant toujours au tome suivant la résolution des intrigues. Chaque ouvrage pose cependant les jalons d’une plus grande histoire, d’une plus importante menace, qui prendra tout son sel au gré des derniers volumes.

Malgré une perte de rythme au fil du quatrième tome (dont la scène finale est cependant dantesque !), James Barclay apporte ici un souffle certain dans le milieu cloisonné de la Fantasy moderne. Les amateurs de batailles épiques et de dialogues acérés peuvent donc y plonger sans soucis ; les autres finiront par y trouver leur bonheur, car souvenez-vous : The Raven n’échoue jamais.

PS : je ne peux évidemment que vous conseiller de lire le cycle de Barclay en anglais, les traductions françaises laissant plutôt à désirer, comme cela est malheureusement le cas pour beaucoup d’ouvrages de fantasy…

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  1. Bonne chronique, ça donne envie. Mais alors, « lisez-le en anglais », gna gna… :D