2010
Cet article est la suite de Sur le Tu viens d’où – 1ere partie
Il existe une communauté dont les médias parlent peu et qui demeure un peu mystérieuse pour les caucasiens : les asiatiques. On en reste à une image stéréotypée dont je m’amuse beaucoup chaque jour. À moi de vous présenter les choses à connaître afin de gérer le prochain asiatique que vous croiserez.
La première est une absence de pilosité sur les membres, qui demeure assez remarquable autant chez les hommes que chez les femmes. Pour les garçons, ce n’est pas terrible sauf lorsque ceux-ci désespèrent de pouvoir se raser le menton un jour ; mais pour les filles, c’est le bonheur ! Ignorer tout du rasoir, de la cire et de la crème épilatoire avant 25 ans, ça laisse rêveur. De plus, les autres filles sont assez jalouses et ça vaut bien notre myopie et les sept dents que l’on vous arrachera afin de vous coller un appareil dentaire à l’adolescence, parce que « la plupart de vos « organes » sont un peu trop grands pour la place qu’il y a » (NDLR : ce sont les divers médecins qui me l’ont expliqué). Au bout du compte, nous avons donc un « super système pileux » et la peau douce qui va bien !
Seconde particularité : nous sommes relativement allergiques à l’alcool, bien que cela ne nous empêche pas de boire. La réaction assez commune au sein de mon ethnie est de rougir comme une pivoine dès la première gorgée de bière. Bien entendu, cela n’a généralement aucun rapport avec le degré de ladite boisson. Voyez-vous, un verre de cidre me fait plus rougir qu’un Daiquiri, mais je crois que ça vient des bulles. Il paraît, en tout cas, que nous manquons d’une soi-disant enzyme qui désintègre l’alcool avant qu’il ne passe dans le sang. Donc, lorsque l’on boit et que l’on rougit, c’est comme si on vous mettait une perfusion d’alcool directement dans le bras. L’avantage, et c’est ce qui fait que les autres sont jaloux, c’est que vous êtes super économique en alcool : deux bières et vous êtes fait ! Bon, personnellement, j’ai le vin triste et je n’aime pas être complètement dans le « coltard ». Enfin chacun ses goûts. (J’oserais même dire qu’on est en démocratie). Mais c’est un peu gênant lorsque tout le monde vous regarde comme un extraterrestre et se moque de vous parce que vous êtes toute rouge : « Raaaaah, trop fort ! T’es toute rouge ! ». Comme si une petite dose d’embarras allait vous permettre de redevenir un peu plus blanche et que vous n’avez pas déjà assez chaud comme ça. Le truc, c’est que lorsque vous êtes mineure, vous évitez de boire avec les copains en cachette, car ce n’est pas le détail dissimulable devant votre mère lorsque vous rentrez à la maison.
Un autre avantage quant au fait d’être asiatique, c’est qu’au contraire des caucasiens pour qui un « asiat » a les yeux bridés et marron et les cheveux bruns (donc, un « asiat » ressemble juste à un autre « asiat »), vous savez faire la différence entre un Vietnamien, une Coréenne, un Japonais et un Chinois. Si vous vous y perdez, j’ai une astuce à vous donner. Bon, il faut vous procurer un ou une amie asiatique. Avec cette personne, vous vous baladez dans la rue, de préférence là où vous savez que vous pouvez croiser d’autres asiatiques. Lorsque l’occasion se présente, votre ami(e) regarde la personne et lui sourit. Si elle ne sourit pas en retour, baisse le regard, voire change de trottoir pour vous croiser, vous avez de fortes chances qu’elle soit Japonaise. Si elle ne change pas de trottoir et ne la regarde pas, c’est probablement un(e) Coréen(ne). Si elle la regarde, voire s’il lui sourit, c’est souvent un(e) Chinois(e) ou un(e) Vietnamien(ne). Après c’est souvent la forme des yeux ou du nez qui vous donnera des indices, mais des fois on s’y perd, car chez certains, les traits sont plus ou moins accentués. Bref, nous ne pouvons pas developper de grandes généralités, mais on se contentera de vous donner des petites anecdotes, car le test de la rencontre a bien été vérifié par moi-même sur les conseils d’un ami asiatique.
Après, c’est toujours rigolo lorsqu’à la fac, vous trainez avec votre bande de potes -tous caucasiens- et que les bancs d’asiatiques vous regardent comme un ovni, car vous parlez et gesticulez comme une européenne et, en plus, vous fréquentez des européens. Mais parfois c’est un peu gênant lorsqu’on s’adresse à vous en chinois et que vous répondez gentiment que franchement, vous n’y pigez rien.
On est comme ça nous les adoptés, « le cul toujours entre deux chaises » : pas tout à fait européens et pas tout à fait asiatiques. Jusqu’au jour où vous vous dites qu’il vous faut être les deux et que ces deux aspects de votre personnalité sont un plus, car au moins vous n’entrez dans aucune case et qu’on ne peut pas vous coller d’étiquettes. Malgré tout, on vous met un peu la honte parce que vous ne savez pas cuisiner avec un wok. (Heureusement, je sais manger avec des baguettes). Mais nos yeux bridés nous permettent au moins de nous faire des amis dans diverses communautés asiatiques (auxquelles les autres n’ont pas forcément accès) et on apprend plein de trucs. Ça vous ouvre des horizons dans la vie et dans l’esprit. Je m’amuse parfois à parler gastronomie avec des européens, et ils croient dur comme fer les « quasi-conneries » que je peux leur sortir. De même, je prends un malin plaisir à m’habiller avec des hauts en soie et à mettre des baguettes dans mon chignon, d’abord parce que ça me va plutôt bien^^ et ensuite parce que ça colle avec l’idée qu’ont les gens de mon physique. Jouons avec les stéréotypes, surtout si c’est pour se déguiser en « Chinoise », ce qui n’est pas grave, car on est déjà déguisée en Chinoise toute l’année !
Toutefois, le point principal de ce statut d’étranger adopté, c’est le statut d’adopté. Le plus souvent il se cristallise lorsque vous rencontrez quelqu’un de nouveau. Dialogue croustillant en vue la semaine prochaine !


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