2010
Dans le contexte des débats sur « l’identité nationale » ainsi que des débats hostiles aux minarets, la France a de quoi hérisser le poil de toute personne raisonnable, de surcroît si celle-ci a des origines qui ne correspondent pas exactement à l’idée que certains se font de cette soi-disant identité.
Alors, Skulking vous propose une trilogie afin de vous mettre quelque temps dans la peau d’une Française coincée dans un corps de Coréenne, adoptée à l’âge d’un an, histoire de recadrer un peu le débat et nous questionner sur notre tolérance et notre identité.
On commence par l’enfance et son innocence parfois surprenante, qui peuvent conduire à des situations peu banales. Déjà, on vous appelle la Chinoise à l’école puis dans la rue, alors que vous vous voyez tous les matins dans le miroir et que vous, cela ne vous choque pas plus que ça. Vous vous demandez les premières fois à qui s’adresse ce surnom et vous regardez autour de vous afin de chercher qui est concerné, pour au final réaliser que c’est bien de vous dont il s’agit.
Bref, vous êtes une adoptée avec un faciès qui est à vous-même étranger, puisque vous avez été élevée avec les manières d’une Européenne affranchie de tous les codes asiatiques et libérée : parce qu’en Europe, c’est quand même bien de pouvoir dire des insanités tout en portant des jupes sans passer pour une prostituée.
Mais être une adoptée, c’est mal considéré. En effet, vous avez été adoptée donc vous n’êtes pas un cas social, car vous avez la chance d’avoir été adoptée et de surcroît, vous avez la chance d’avoir été adoptée en FRANCE qui est quand même la nation considérée comme un modèle de démocratie avec ses Droits de l’homme et de la femme et ses libertés fondamentales, dont le droit de vote dont personne n’use les dimanches où on le demande.
Sauf que les gens oublient bien souvent qu’avant d’avoir été adoptée, vous avez été abandonnée, le plus souvent par votre mère. Ce qui fait que lorsque vous regardez votre nombril, vous vous dites plusieurs choses :
1) C’est bien, j’ai un nombril, donc je ne suis pas une extraterrestre.
2) Bon, j’ai un nombril, donc je ne suis pas sortie de la cuisse gauche de Jupiter et malheureusement, ça aussi, vous l’avez déjà constaté à plusieurs reprises.
3) Y’avait qui au bout du fil ?
(4) Optionnel : quel est le type qui m’a fait un nombril aussi moche ?
Le problème avec l’abandon, c’est que parce que notre génitrice fragile et sans ressources nous a abandonnée bébé, nous sommes toujours à la recherche de l’affection que nous n’avons pas eu à ce moment-là. Par conséquent, cela nous pousse à adopter des comportements assez étranges comme le fait d’annihiler notre propre personnalité pour adopter celle des autres afin qu’ils vous « adoptent » et qu’ils vous aiment, ou bien alors vous vous mettez à fuir toutes sortes d’affections par peur de la perdre au bout d’un moment.
Mais malgré ce sentiment, et je dirais même « ce complexe d’abandon » qui vous a poursuivi, vous poursuit et vous poursuivra toute votre vie, on ne vous plaindra jamais d’avoir été adoptée. « Merde, c’est vrai t’as eu de la chance de pouvoir bouffer ! »
Je vous passe les remarques un tant soit peu racistes qu’on peut subir par moment car ce n’est pas le sujet traité dans ce texte. Sans parler de racisme, on a droit au « quotidien » et surtout étant gamine, à des remarques naïves qui peuvent estomaquer un éléphant.
Par exemple, au collège, j’avais une amie avec qui je discutais de mes origines. (Je reviendrais sur ce passage là en particulier un peu plus tard car il est savoureux.) Bref, on en discute entre gamines, je ne devais pas avoir plus de 14 ans. Et là, elle me dit en toute innocence : « Moi je préfère quand même être Européenne (ndlr : on ne dit pas Européenne. Pour les Européens, on dit Caucasien, Caucasienne) parce qu’au moins, on peut avoir plusieurs couleurs de cheveux et d’yeux ». Par précision, je dirais qu’elle était blonde et bouclée et qu’elle avait les yeux verts. Oui, elle était assez jolie.
Un peu revenue de ma surprise (comprenez-moi, on en apprend tous les jours), j’ai eu l’esprit de lui rétorquer : « Ah bon ? Parce que tu crois que tous les Européens ne sont qu’un seul et même peuple? Il y’a peut-être le peuple des roux et le peuple des blonds bouclés… » A ce moment j’ai réussi à la sécher, assez contente de ma vivacité d’esprit qui n’est pas toujours présente au moment où il le faut.
Parfois, c’est nous-mêmes qui avons des interrogations assez surprenantes quand vos parents vous expliquent un jour fatidique (il faut bien y passer un jour et le plus tôt est le mieux selon moi) que vous avez en effet bien une tête de Chinoise et que vous avez été adopté et comment cela s’est passé. Là, vous avez moins de dix ans et vous demandez à votre mère : « Mais en fait, vous nous avez achetés? »
Aujourd’hui, c’est un peu différent, car je m’amuse à montrer les caractéristiques d’une Asiatique, car malgré le fait que les humains soient tous pareils, il existe des différences, mais tout cela sera abordé la semaine prochaine !

De toutes façons, le concept « d’identité nationale » est parfaitement obscur et abscons. Il ne sert des propos pseudo-nationalistes, à tendance ouvertement raciste, cherchant à se rendre désirable et à la mode sous des aspect de moralité malsaine.
Il y en a que l’ouverture au monde a toujours dérangé, il est « amusant » de voir que ce sont les chantres de la mondialisation qui sont désormais au créneau quand à cette fumeuse identité nationale.
Lorsque l’on se penche un peu sur l’histoire d’un pays, son évolution tant au niveau des frontières, des mœurs de ses habitants, des ethnies qui le compose, on ne peut que renier ce concept nauséabond et se considérer uniquement comme citoyen du monde.
Car au fond, nous sommes tous voisins et le seront toujours.
C’est surtout qu’un pays qui n’évolue pas et ferme complètement ses frontières (prends comme exemple la Corée du Nord) est un pays qui agonise…
Et ton ressenti dans tout ça, du coup: Toi, Kim, tu te sens Française? Eurasienne? Asiatique? Tout? Rien? J’ai conscience que ma question n’est pas des plus aisées – mais au vu du débat actuel, je me demande ce que tu en penses.
Merci pour ce post dont j’avais déjà eu un aperçu en backstage, et vivement le prochain épisode ^^
Jude,
Il faut que tu lises la suite dans les deux prochains épisodes et tu auras ta réponse!
Merci pour ton encouragement et contente que ce texte vous plaise! ^^
suis fière de toi, cousine! Chapeau…
Bien bien bien… J’attends la suite avec impatience !
Quant à ce « débat » sur l’identité nationale, qui n’a de débat que le nom, je ne le comprends pas… Pour moi, l’identité d’une nation n’est pas quelque chose que l’on puisse définir dans les grandes lignes (auquel cas on se retrouve obligatoirement dans les clichés nationalistes, voire raciste…), c’est plutôt à mon sens une photo à un instant t d’un pays, d’une communauté…
Et aujourd’hui, j’aurais tendance à dire que l’identité de la France, c’est le racisme… C’est pas fait pour me plaire, mais je continue de penser que de toute façon, les brassages ethniques ne s’arrêteront jamais et que la population mondiale finira métisse ! Et là, peut-être qu’on commencera à penser à autre chose qu’aux jolies petites coréennes qui font tourner la tête des lycéens ! ^^
hé hé hé j’ai déjà lu la suite, toute aussi édifiante et intéressante.
Sarkosy a déclaré récemment qu’il défendait les valeurs de la famille et du travail.
Avec l’identité nationale nous retrouvons une recette bien connue: « travail famille patrie »
Dommage, je préférais « liberté égalité fraternité »… les temps changent.
[...] Cet article est la suite de Sur le Tu viens d’où – 1ere partie [...]