26.03
2010

VALHALLA RISING

Affiche, synopsis, bande annonce, nous vendent un film d’action brutal. Le titre français (le guerrier silencieux) nous pousse à croire à un héros classique. Lorsqu’assis dans le noir, vous verrez les premières images défiler devant vos yeux, vous comprendrez rapidement que tout cela n’a pas lieu d’être. Certains quitteront la salle déçus, désorientés, peut-être en colère. J’en suis sorti profondément marqué.

C’est un cinéma différent que nous offre Nicolas Winding Refn, auteur de la Trilogie Pusher, et du décalé Bronson ; un cinéma au temps déstructuré, étiré, aux personnages archétypaux, aux instants symboliques et au récit libre de l’interprétation de chacun.

La trame de départ est sans fioritures : One eye, guerrier esclave borgne passant son temps à participer à des combats à mains nues, sur lesquels parient d’autres guerriers, parvient à s’échapper de sa condition, et accompagné d’un jeune garçon, part aux côtés de croisés scandinaves en direction de la Terre Sainte.

Mais ce n’est pas dans ce simple fil conducteur que tient toute la force de l’œuvre, mais bien dans la richesse et la complexité des illustrations du périple qui nous sont données à voir. One Eye est muet, une force de la nature qui ne s’exprime que rarement, au travers de la voix de son jeune compagnon de voyage, qui semble être le seul à le comprendre. L’image compose très régulièrement avec de splendides paysages où la force de la nature s’exprime de la plus puissante des manières, ramenant l’Homme à ce qu’il est fondamentalement : un être-animal qui devrait vivre par et pour la nature, mais dont l’être se retrouve troublé par une Foi qui le dévie de son essence, lui refusant d’accepter sa profonde nature.

One Eye est l’incarnation de ces interrogations, à la fois guide et héraut de la mort; un païen que suivent des guerriers de la Foi chrétienne, aveugles à ce qu’il incarne réellement : tel le feu follet menant le curieux à sa perte, One Eye est le seul à savoir où le navire qui les porte tous va finalement accoster ; visions qui surgissent brutalement au fil du récit, nimbées d’un rouge carmin, et de l’image d’un One Eye dont le handicap visuel renforce d’autant plus l’aura mystique d’un être qui voit au-delà du voile des choses.

Les images et références se multiplient, évoquant à la fois le sacré (sur le bateau entouré de brume, l’un des guerriers, mort, est jeté par dessus bord. Son corps, transporté par deux marins, est à l’identique du Christ d’une Pieta ; et lorsqu’il chute du bateau, nul son d’un corps touchant les eaux, comme si le navire parcourait les cieux, et que l’âme flottait vers Enfer ou Paradis) et le païen (One Eye éventre un homme tatoué de symboles, attaché sur un rocher, tel les sacrifices rituels dédiés à Odin), mais laissant le spectateur à la fois juge et témoin de la descente vers l’oubli des protagonistes.

Le pinacle du symbolisme est atteint dans une séquence hypnotique où les hommes de Dieu, ayant atteint une terre inconnue, et menacés de toutes parts, sombrent tous dans la folie : images au ralenti, violence, viol, deux mains creusant la terre pour peut-être y creuser leur propre tombe, Nicolas Winding Refn va jusqu’au bout de son idée, de sa vision, insérant dans ce délire hypnotique l’image d’un One Eye empilant des rochers dressés vers le ciel, parallèle de la croix de bois érigée un peu plus tôt par ses compagnons, tués les uns après les autres par les « démons » de cette autre terre : le rapport au Divin ne peut exister qu’au travers d’une Foi où l’homme accepte son rapport à la Nature, à la fois bête et être éclairé.

1 commentaire pour l'instant

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  1. Olivier

    Très bonne chronique.
    One eye est le seul qui ne doute pas dans cette histoire, du début jusqu’à la fin il sait ce qu’il doit faire. Au commencement il est mu par sa haine et son instinct de survie, puis petit à petit les flashs colorés deviennent des visions prophétiques.Tous les autres personnages sont dans l’interrogation, le questionnement. Le découpage en chapitre, évoque un peu le chemin de croix. D’une certaine manière je le trouve aussi barré que La dernière tentation du Christ, la base étant nettement plus « pagan » et moins « universelle ». Dérangeant, décalé. Bon je suis resté scotché. Encore un film qui restera loin du box office.