21.12
2009

Chers lecteurs, c’est avec plaisir que les Carnets de la Toile vous révèlent le sens caché des grands films ignorés de la critique grand public. Aujourd’hui, et en exclusivité, une analyse pédante et imbitable de Rambo III.

En 1988, au sommet de son art, Peter Mc Donald, dont c’est le premier film, nous livre son opus le plus abouti : Rambo III. À l’inverse des deux volumes précédents, John Rambo va affronter l’avenir, et non le passé : splendide projection vers le futur, avec en perspective les transformations de ses démons en message d’espoir.

Film intimiste donc, au charme discret, Rambo III fait partie de ses œuvres rares qui ne s’apprécient réellement qu’au second, voire au troisième visionnage. John Rambo, devenu bouddhiste en Thaïlande, n’est pas sans nous rappeler, par le refus d’aller se battre à nouveau, les préoccupations de Schopenhauer qui, assimilant rapidement la volonté au néant – ou plus exactement à la vacuité -, s’inspira des pensées dalaïlamesques de son temps. Mais Rambo, las de lire « le monde comme volonté et comme représentation », finira par aller se battre afin de sauver son père spirituel, le Colonel Trautmann, personnage majeur de l’imagerie postmoderne, bientôt à l’honneur dans les « dossiers » des Carnets de la Toile.

Le Colonel, doté d’un flair politique infaillible, s’est courageusement rendu en Afghanistan pour fournir en armes les talibans victimes des communistes. Notons qu’il s’y rend en clandestin. Les communistes l’arrêtent, mais, vu qu’ils ne connaissent pas encore Eric Besson, ils le gardent gentiment chez eux au lieu de l’expulser. La mission de Rambo est donc double : premièrement, aller sauver son père pour le remercier de l’avoir épargné à la fin de Rambo I ; deuxièmement, contribuer à renforcer Ben Laden en prévision des lendemains qui chantent. Le Grand Soir, si on ose dire !

Bien évidemment, Rambo réussit. Il apprendra à connaître les coutumes afghanes, dans une splendide métaphore sur l’entente universelle des peuples à travers le sport – Le match de Oulak, sorte de polo sanglant ou la carcasse d’un mouton mort remplace la balle, restera gravée dans les mémoires. Quoi qu’il en soit, cette œuvre est truffée de moments d’anthologie, avec en rappel subtil l’influence orientale, notamment quand John Rambo se déguise en ninja pour infiltrer la base russe.

Parallèlement, le colonel Trautmann, père courage, flamme de la nation, se moque facétieusement du colonel russe – ils ont le même grade, subtil rappel de leur nature de Némésis – par ses traits d’esprits qui ne sont pas sans rappeler le Sacha Guitry de la bonne époque. « Ou sont les missiles, colonel Trautmann ? » demande, rageur, le rouge à l’œil bleu (code couleur évident pour désigner le potentiel destructeur de la marine communiste en Afghanistan). « Tout près d’ici… Dans ton cul ! » lui répond Trautmann, inaugurant par cette boutade 20 ans de citations dans les écoles, et devenant même la devise de la nation du Grosland. C’est peu dire.

La réussite de ce troisième volet, outre la réalisation audacieuse de Mc Donald, vient sans doute de la continuité stylistique narationnelle (rappelons que l’opus précédent, Rambo II, a été écrit par l’excellent James Cameron) ainsi qu’au renversement du logos rambolinien de départ, ordinairement peu enclin aux errances téléologiques. Ceci sera le cœur de notre analyse : soyez attentifs.

En effet, si l’influence bouddhique, via la fréquentation de Schopenhauer, et pourquoi pas de Cioran, osons le dire, est patente chez Rambo ; n’oublions pas qu’il est également un fils de la chrétienté. Il opère un subtil renversement de perspective au moment même où il s’apprête à entrer en Asie Mineure, tel un nouvel Alexandre le Grand. En effet, observez attentivement les deux étapes :

  1. Au début du film, schopenhauerien convaincu, il refuse la notion de bien et de mal et de vérité induite. Trautmann : « J’ai besoin de toi, John. ». Rambo : « Moi, ma guerre est finie ». Rejet du Père, libération, apaisement, vacuité. C’est clair.
  1. Mais au tiers du film, il abandonne cette vision orientale et retourne à ses racines chrétiennes : Moussa : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » Rambo : « Une lumière bleue. » Moussa : « Et ça fait quoi ? » Rambo : « Du bleu. » Le spectateur découvre avec stupeur, que, Rambo, se référant à 1000 ans de théologie médiévale et fin connaisseur du post-aristotélisme de Saint Thomas, définit maintenant la vérité comme « Adequatio Rei et Intellectus ! »

Confondu par cet effort spirituel intense, ce retour aux racines de l’identité occidentale héritière du manichéisme babylonien, BabyloneAlexandre trouva la mort, d’ailleurs, ce qui à ce stade du film nous inquiète, Rambo s’en sortira-t-il nous demandons-nous angoissés ;  le spectateur du PUNC, oubliant toute retenue, exulte ! Quelle belle leçon, à la portée de tous, fulgurance rhétorique qui synthétise en deux mots une conception de la vérité qui ne sera remise en cause que par l’existentialisme ! Et encore ! Sartre étant mort avant Rambo, on peut soutenir que cette fulgurance christiano-identitaire marque le renouveau glorieux de la bannière du Christ et de l’essentialisme idéaliste face aux vils jouisseurs communistes et athées de mai 68 qui rêvaient de vendre l’occident à Katmandou ! Ouiiiiiiiiii !

Pardonnez-moi, chers lecteurs, mais je m’emballe. Terminons. Le spectateur averti avait déjà compris que John, en opérant ce renversement, ne faisait qu’adopter le point de vue déjà développé par son père, Trautmann, au début du film ; dans la subtile métaphore du sculpteur et de la matière sculptée. Acceptant finalement la démonstration, la Sagesse des Pères, Rambo comprend qu’il ne sera jamais qu’un tueur. Et donc il va tuer, au sein d’un pays de rochers lourds, car c’est l’endroit des Sisyphes. Et dans lequel il fait très chaud, mais, fort heureusement, géographiquement situé près de Caucase-cola.

Conclusion : Les interprétations filmologiques de ce chef-d’œuvre pourraient faire l’objet d’une thèse, voire de deux. Nous nous arrêterons ici, par humilité, et nous nous contenterons de rappeler que Ronald Reagan, sans conteste le Périclès du XXe Siècle, ne s’y était pas trompé en recommandant chaudement le visionnage de ce film. So, Ron’, Rest In Peace. Nous sommes là pour veiller sur ta maison, et Rambo III sera la Chapelle Sixtine de ton règne, puissant et fécond pour les siècles des siècles.

Sur ce, je vais me boire une petite bière.
Votre dévoué,
Monsieurwar.

3 commentaires pour le moment

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  1. monsieurwar

    quel article fameux !

  2. Olivier

    Mais ça fait quoi du bleu ? ^^

  3. [...] et suite à l’évocation du mot « peigne », Samuel Trautmann considéra rapidement Rambo comme son fils devant la pellicule. Ensemble, pendant plusieurs années, ils délivrèrent le monde [...]