2010
Cet article est la suite de Aliens ou Alien 3 ? Cameron vs Fincher ! Part II et de Aliens ou Alien 3 ? Cameron vs Fincher ! Part I
Chers amis, public fidèle, admiratrices énamourées, oui, enfin la troisième et dernière partie de notre analyse Alien-Hante (poin poin poin). Après avoir brillamment résumé de façon pédante et imbitable les enjeux symboliques d’Alien, après avoir non moins brillamment démontré que James Cameron est incapable de faire la différence entre la maternité et le colonel Trautmann ; nous abordons, pour conclure, la vision développée par David Fincher, le talentueux réalisateur d’Alien 3 (ainsi que d’autres chef-d’œuvres immortels et magistralement écrits.) Qui remportera la palme, entre le vieux schnock bigot et le jeune libérateur des énergies ? Le suspense est à son comble !
Avertissement : chers lecteurs, chères lectrices (cf. webmestre pour numéro de portable), cette analyse, après lecture, est moins rigolote que les autres, malgré les quelques outrances sémantiques et autres pesanteurs stylistiques dont j’ai le secret. Je baisse. J’ai dû me prendre au sérieux, j’en suis désolé. C’est que j’adore ce film. Heureusement, je suis resté très pédant, sentencieux et donneur de leçons de façon imbitable, pour votre plus grand plaisir !
Nous avions laissé Ripley, Newt et le caporal Hicks vivants à la fin de « Aliens, le retour ». Dans leurs caissons d’hypersommeil (E-Père sommeil, signe du Père absent de l’ère Internet, athéisme cosmologique et numérique, post-modernité accablante de réalisme !), les trois avatars d’une christologie moisie cameronienne repartent en direction de la terre, symbole du retour aux racines, des valeurs de la famille victorieuse après avoir bouté la méchante (la sorcière, Lilith, etc.) hors de nos frontières. L’espace, tu l’aimes ou tu le quittes, ein zwei drei, sans déconner. La suite de la série est confiée à David Fincher, jeune réalisateur dont c’est le premier film. Il n’aura aucun pouvoir de décision sur cette oeuvre, contrairement à Cameron, soulignons-le !
Alien 3 reprend l’histoire là où elle s’était arrêtée. Cette phrase est stupide, je le sais bien, mais comment voulez-vous que j’introduise mon propos, hein ? Bande de petits malins, je voudrais vous y voir, dis ! C’est comme quand on invite une pépée au restaurant, bon, avant d’entamer les pourparlers pour les cajoleries, on est bien obligé de commander une boutanche de Bourgogne au loufiat et de se taper tout l’historique de la donzelle ! Et, franchement, qu’est-ce qu’on en a à cirer de ses aventures avant qu’on la rencontre, hein ? Arrêtez de me parler, maintenant, j’aimerais bien me concentrer un peu. Reprenons.
Je ne voudrais pas être partial, mais Fincher a tout compris. Dès la séquence d’ouverture, hallucinante de virtuosité, le spectateur, immédiatement immergé sans avoir besoin de 3D, comprend qu’il y a un problème. Avatar que jamais, quoi ! Le vaisseau prend feu et s’écrase sur une planète inconnue. Fincher a compris l’erreur flagrante de Cameron, celle de vouloir filmer la suite sur Terre, idée idiote qui faisait de l’Alien un chassé et non plus un chasseur ! Heureusement, Fincher situe l’action non en terrain connu, mais dans un pays étrange, crépusculaire et hostile… Comme un Alien. Les espoirs de Ripley, nouvelle Eve cameronnienne, s’écrasent sur la côte d’un Océan morne à la marge de la civilisation ; lieu privilégié d’Artémis. Le ton est donné : plus de Marie, plus d’Eve bécasse, plus d’espoir ; voici l’heure des loups et des bêtes féroces ! Seule la grande chasseresse pourra en triompher…
Pagan Power, Pourpre impériale contre le blanc christique de Cameron ! Soyons avares et pourpres, soyons cupides et violets ! (Oui, je sais, mais il paraît que tu aimes mes bêtises numériques, alors…)
Hicks et Newt sont morts, étoiles noires noyées dans l’ombre de la nuit obscure et ténébreuse (bien, celle-ci, j’aime beaucoup) tandis que Ripley est grièvement blessée. Artémis est seule, lunaire, aux abois. Quand on sait que l’Alien à venir est logé dans un chien, on ne peut qu’applaudir à cette trouvaille remarquable. Sauvée par les membres d’une colonie pénitentiaire, criminels psychopathes gardés par un vieil homme acariâtre, un médecin tourmenté et un geôlier débile, image parfaite du monde du travail ; Ripley récupère lentement tel l’ouvrier moyen licencié tandis que ses patrons font la fête avec des putes chinoises. Le gardien débile se nomme Aaron, (frère de Moïse et artisan du veau d’or près du mont Sinaï, subtile culture de Fincher quand Cameron en est encore à comprendre que « Comics » ne veut pas dire « rigolo »…) Encore une fois, Fincher, très intelligemment, isole Ripley, seule femme du film, qui recouvre ainsi son rôle matriciel originel, rôle noyé dans la vulgate féminine et absconse cameronienne (la Reine, Newt, Vasquez…) Sa présence, parmi tous ces meurtriers, violeurs, psychopathes et débiles noyés dans un syncrétisme religieux moisi est le miroir parfait des sentiments qu’instille l’Alien en tant que guerrier sombre, et qui dérange « l’harmonie » de la colonie.
Cette « harmonie » est en réalité un salmigondis plus ou moins vaseux de millénarisme apocalyptique, d’évangélisme syncrétique à vocation sectaire – préfiguration parfaite de ce que va devenir l’Amérique dans les années 2000 sous l’ère Bush, l’ami du néo-capitalisme des incultes décérébrés pour lesquels Euripide signifie « qui n’a pas de goût. » Géniale intuition du jeune homme, encore une fois, puisque le film date de 1992 ! Bien sûr, depuis le début, on s’en doute : le vaisseau a pris feu à cause d’un Facehugger, qui va pondre dans la bouche d’un chien de sauvetage. Lors de la cérémonie de crémation (coutume païenne imposée par Ripley, qui ainsi remonte le temps, Replay, en somme ; écho d’un trauma névrotique subtil aux tonalités fécondes) de Newt et Hicks, Dillon, un des prisonniers, se fend d’un discours religieux, annonçant une nouvelle naissance dans chaque mort. En parallèle, on nous montre l’éclosion du « papillon » : un nouvel Alien, sombre, plus ramassé, plus rapide, empruntant à son nouvel hôte d’autres capacités.
Fincher nous indique donc deux voies : la première, que l’Alien n’est plus l’ennemi de l’humanité mais l’ennemi de toute vie. Il n’a pas besoin d’un humain pour hôte : comme un virus mutant, tout lui est bon, il s’adapte admirablement. On ne risque plus l’épidémie, mais l’extinction de tout ce qui est. Roselyne Bachelot a probablement revu ce film avant de nous pondre son excellent discours de cet hiver ! Mais je dois confesser que les tailleurs roses de la ministre feraient certainement fuir l’Alien de terreur, ce qui ne nous arrangerait pas des masses. J’en étais où, moi déjà ? Ah oui : la seconde piste, plus métaphorique, est que du discours religieux, plein d’espoir et de bonnes intentions, naît un monstre sanguinaire en face duquel nous sommes désarmés. L’Alien n’est plus un monstre de jeu vidéo, comme c’était le cas avec Cameron ; mais une part sombre de notre psyché, celle de la volonté de puissance qui se déguise sous le masque de l’amour religieux pour justifier le chaos, la domination et la folie ! Il en suffit d’un seul pour cela. Un Alien, une religion. Un pays, un peuple. Tût tût. Avec Fincher, l’angoisse est de retour, quand avec Cameron elle était remplacée par une simple peur suivie d’un massacre jubilatoire pour boutonneux attardés au surmoi mal implanté par une maman sévère !
Tout le reste du film montre la traque de la bête, qui tue à tour de bras au sein d’un complexe sale, humide, aux teintes mordorées – retour au ventre, à l’obscure maternité. Il faut expulser le virus. La colonie est désarmée : du feu et quelques couteaux, rien de plus. Retour à l’intelligence pour traquer l’Alien, adieu la teinte rambolinienne de l’épisode précédent. On ne vainc cet Alien qu’avec les armes de Métis, la ruse chère aux Grecs. L’alliance de la femme avec les guerriers fous ne se fait pas facilement : victime d’une tentative de viol, Ripley doit son salut à Dillon, qui toutefois se préoccupe moins d’elle que du salut spirituel de ses ouailles. Du point de vue religieux, le traumatisme d’une femme agressée compte moins que la « pureté » de « l’âme » de l’agresseur… J’adore !
En filigrane, la relation de Ripley et de Clemens (le médecin) se développe, et va jusqu’à l’amour physique. Ripley accède enfin au statut d’être désirant, de femme adulte. La figure de l’ingénue, utile dans le premier épisode, idiote, lourde et inutile dans le second, est enfin oubliée. Elle est humaine, cherche un peu d’amour et le trouve. Elle échappe au spectateur, signe de sa mort imminente, d’ailleurs… Indice subtil du réalisateur, encore une fois ! De plus, Fincher, plus ouvert, moins linéaire dans son écriture, nous indique grâce à cette scène le désir de maternité de Ripley – désir qui sera comblé d’une autre façon, comme on le sait. L’enfant comme monstre, thématique ébauchée mais pas oubliée. Quoi qu’il en soit, après le massacre de toute la colonie pénitentiaire, l’Alien sera vaincu au terme d’une course-poursuite haletante dans de sombres couloirs, filmée en virtuose par un Fincher plus qu’inspiré ! Mais ce n’est pas la fin… Ripley est, on s’en doutait, l’hôte d’une future Reine pondeuse. Une Reine à venir, qui prend ici tout son sens, contrairement à celle de Cameron ; puisqu’elle n’est ici que promesse, potentialité de croissance sombre, angoisse car encore indéfinie. Différence essentielle, qui appelle une nouvelle lecture narationnelle, entre le génie Fincher et le prétentieux Cameron !
Refusant l’offre (mensongère) de salvation que lui offre un nouveau Bishop, l’évêque, l’homme castré au service des forces sociales qui cherchent à récupérer son ventre au profit de la guerre, Ripley, en un geste magistral, se suicide par le feu en tenant son « enfant » naissant dans les bras. Dernière scène apocalyptique, d’une femme en apothéose, déesse qui protége l’humanité contre elle-même par un suicide salvateur, femme libre qui indique ainsi son refus de la récupération de la maternité par les forces noires d’une église morbide aux ordres d’un pouvoir infâme, en avant camarades, c’est la lutte finale et tout ça.
Dernière indication : James Cameron a dit publiquement qu’il détestait « Alien 3 » et que Fincher n’avait rien compris. Gageons plutôt qu’ayant parfaitement saisi les innombrables erreurs d’écriture de son prédécesseur et les ayant magistralement corrigées, ce dernier a été vexé – comme un évêque convaincu de pédophilie alors qu’il n’y voyait que l’expression de l’amour du christ – de se voir dépasser par un jeunot d’à peine trente balais…
Conclusion.
Après ces analyses brillantes et objectives, on pourra retenir ceci : James Cameron est une grosse tourte et David Fincher est un génie précoce !
[...] promise chose due : la suite ici. [...]
Donc si j’ai bien compris, après nous partons sur le 4 ? J’ai remarqué que prudemment tu n’as rien évoqué à ce sujet… Parce qu’on peut faire de la place pour Caro & Jeunet dans le titre, au pire… ^^
Le 4, là, je vais avoir du mal, il est du même niveau que le deux !!!
« Ce dernier a été vexé » sous-entend qu’au delà d’avoir des raisons de l’être, il les a comprises… En est-on si sûr?

Excellente trilogie d’articles!
MonsieurWar, tu me fais plaisir, car je suis une des rares à aimer énormément Alien 3 et ça me conforte dans mon idée.
Jude : en effet, pas sûr. Elise : tu as toujours eu beaucoup de goût !
Bon article, ta culture et ton approche un peu barrée donne un ton unique à ton analyse, que j’apprécie d’autant plus.
Attention tout de fois à vouloir trop chercher du sens là pour nourrir ta démonstration :
Fincher, comme tu le dis, n’a pas pu faire SON film. Il n’en a également pas écrit une ligne.
Donc toutes tes interprétations sur l’envie de Fincher de revenir à la puissance fu huit clos de Scott et à ses thématique ne peuvent lui être attribuées :
« Encore une fois, Fincher, très intelligemment, isole Ripley, seule femme du film, qui recouvre ainsi son rôle matriciel originel »
« Fincher nous indique donc deux voies : la première, que l’Alien n’est plus l’ennemi de l’humanité mais l’ennemi de toute vie. »
« Elle est humaine, cherche un peu d’amour et le trouve. Elle échappe au spectateur, signe de sa mort imminente, d’ailleurs… Indice subtil du réalisateur, encore une fois ! »
« Fincher, plus ouvert, moins linéaire dans son écriture, nous indique grâce à cette scène le désir de maternité de Ripley »
« (…) Gageons plutôt qu’ayant parfaitement saisi les innombrables erreurs d’écriture de son prédécesseur et les ayant magistralement corrigées (…) »
Désolé, mais le scénario ne doit rien à Fincher, à son grand désarroi, et les deux versions ( l’ignoble director’s cut inclue ) ne montre absolument pas que la thématique que Fincher voulait développer dans son film ( la foi et ce qui va avec ) a été aseptisé au maximum par la production. Comme toi j’aurais adoré voir le film que Fincher avait en tête, mais ce n’est pas pour rien qu’il l’a renié. Et je dois bien avoué que je préfère la version cinéma, car elle se suffit à elle même, la director’s cut étant un film malade et incohérent, puisque Fincher n’a pas pu aller au bout de son film.
Donc ne va pas donner à Fincher trop de crédit à son « génie » qui rétablit la vérité unique que tu accordes à la vision artistique absolue de Scott sur le 1er. Tout comme je ne lui tiens pas rigueur de ses carences évidentes, car mangé tout cru par l’appétit financier mégalo des producteurs.
Une dernière remarque qui rejoint mon post sur le film de Cameron :
« Avec Fincher, l’angoisse est de retour, quand avec Cameron elle était remplacée par une simple peur suivie d’un massacre jubilatoire pour boutonneux attardés au surmoi mal implanté par une maman sévère ! »
Là tu te laisses aller, mon vieux. N’oublie pas que Aliens jouit d’un statut culte qui survit bien plus que celui du Alien 3 de Fincher. Je ne pense pas que la confrérie des ados boutonneux soient si puissantes qu’elle parvienne, après l’assassinat de Kennedy, le suicide de Marilyn, ou l’attentat du 11 septembre, à faire d’une vulgaire imposture un film aussi culotté ( virage à 180° par rapport à Alien ) reconnu à travers le temps.
N’oublie pas : l’Histoire à toujours le dernier mot. Mais je t’accorde que le pouvoir du blog est impénétrable.
J’ai répondu à ta première intervention. Même réponse ici. Par exemple, je sais très bien que Finsher a renié le film et n’a rien écrit, mais, ce qui est bien, c’est que je m’en fous ! Rhaaa, si tu veux de l’objectivité, lis des articles universitaires !(Et encore…)
Sinon : le statut « culte » ne vaut rien dans un époque de telle massification culturelle, chacun possède le sien. Ensuite, j’aime beaucoup l’Histoire… Dire qu’elle a le dernier mot, en revanche… Bel anthropomorphisme.
PS : la confrérie des boutonneux qui refusent de se dire qu’ils ont grandi gavés (au sens premier) de bêtises aliénantes est extrêmement puissante, jeune padawan. Voire hégémonique…
++
Ok t’es un tricheur qui s’assume !
La supercherie ne t’aidera pas à déifier Fincher, et je l’admire autant que toi ( sauf Benjamin Button ). Je passe ainsi pas mal de temps à convaincre les rabats joie frustrés de ne pas avoir vu Seven 2 du génial de Zodiac ( peut être son film le plus réussi ).
N’empêche que j’adore Alien 3, que je le revois avec plaisir pour cet univers si décalé, ce purgatoire ou l’Alien vient châtier l’Homme décadent ou seule la femme accède à la rédemption ( l’Alien refuse de la tuer : dans l’historie parce qu’elle porte un alien, mais d’un point de vue thématique… )
Sur le culte :
Les œuvres qui le sont devenues sont rarement des croutes… Même les ados boutonneux deviennent adultes, et loin de ce culte instantané qui ne dépasse pas les quelques années de survie ( au hasard Scream, Paranormal activity… ), certains films passés inaperçus se trouvent réhabilités avec le temps ( les Dario Argento, Manhunter… ) ou certains instantanément cultes gardent leur place au panthéon ( au hasard Halloween, Seven ou le Silence de Agneaux ).
Je ne confonds pas faire le buzz et devenir culte. Mais ce que tu dis se défends hélas aussi… J’ai juste pris l’habitude de ne surtout pas écouter l’assourdissant vacarme sans nuances de la majorité, forcément vainqueur par KO sur 3 rounds. Mais aux points…
La majorité n’est pas synonyme d’erreur ou de bêtise. Elle peut, parfois, comme, par exemple (pris au hasard, hein) dans le cas d’Avatar, ce film moisi, mal écrit et mal filmé par un type qui a confondu son stylo avec sa cuillère de Nutella (mais qui est-ce donc ?) (Si si, je suis objectif – de caméra !)
Tu es bien optimiste… Un ado boutonneux ne devient plus adulte, de nos jour. Il devient un « adulescent » qui commence à se raser à 32 ans, quitte sa mère à 36, et qui n’a même pas fait l’armée, rhooo la tapiotte. Y’a plus d’vrais hommes… Y sont où, les Gabins, les Lino ? Ça aurait eu de la gueule, pourtant, Alien II avec le Dabe écrit par Audiard… Imagine la dernière scène « ne la touche pas, sale pute » (quand je te dis que ce film est une appropriation-soumission au phallus, nom de Zeus) avec gabin à la place… Rhhoooo, je vais en faire un article ! A++
Je n’ai pas non plus été transcendé par Avatar… Mais de là à dire qu’il est mal filmé… le scénario est lui effectivement un peu trop facile. Et je n’ai quasiment à aucun moment du film été surpris. Dommage mais beaucoup y ont trouvé leur film de l’année, pourtant.
J’attends de lire ta critique dessus pour en parler…
En fait, je l’ai pas vu