2009
Skulking vous propose une analyse détaillée, pédante et imbitable de films qui n’ont jamais eu droit à la critique des revues classiques. Bienvenue, chers lecteurs, dans les carnets de la toile, le petit frère des cahiers du cinéma ! Aujourd’hui : PREDATOR.
Après avoir longuement médité son projet, John McTiernan décide, en 1987, de tourner un de ses chef-d’œuvres : PREDATOR. Le projet, ambitieux, s’articule autour d’un temps filmique inédit, à savoir la concaténation du présent et d’un à-venir, une anticipation actuelle, une prévision du maintenant. L’Autre, le Predator, re-présentation de l’angoisse qui nous étreint à l’évocation de ce qui nie notre identité, arrive sur terre pour bousculer notre ordre social, et ce demain filmique n’est autre que le présent narratif, la réalité du spectateur. Par cette géniale inversion de la temporalité, le concept d’une implosion chronologique ouvrant sur l’inconnu d’un ailleurs – forcément – dévasté, prélude à la dernière scène du film, McTiernan nous livre une belle réflexion sur l’étranger, incompris dans sa manière d’être. «T’as pas une gueule de porte-bonheur » sera d’ailleurs le seul échange entre Dutch, héros wagnérien interprété tout en retenue par un Arnold Schwarzenegger crépusculaire ; et le Predator, figure de l’altérité, incompris et rejeté, parce que radicalement différent. Camus n’est pas loin.
L’histoire : dans un décor vert, la jungle, symbolisant l’inconnu d’une sexualité rageuse et touffue, un corps xénomorphe, le Predator, s’introduit et tue. L’allusion, limpide sur la radicale différence des sexes, se double d’une subtile référence à « jeux interdits » (René Clément, 1952) ; le Predator représentant l’armée allemande et la forêt, la France éplorée, déflorée. Le personnage d’Anna, villageoise survivante du premier massacre, semble faire écho au rôle tenu par Brigitte Fossey en son temps. Dutch, alias Schwarzenegger, tient ici un rôle christique, autrichien rachetant les fautes de l’Allemagne par un chemin de croix qui verra ses apôtres décimés. Le sang de l’homme, rouge sur les feuilles vertes, tranche et dévoile sa nature politique, en rupture avec la nature « naturante » pour paraphraser Spinoza ; tandis que le sang du Predator, vert sur les feuilles (toujours) vertes, nous dévoile son adaptation à l’environnement, sa nature radicalement apolitique ; seuls « une brute ou un dieu » pouvant vivre hors de la cité, pour reprendre Aristote. Pour vaincre ce qui s’apparente à son démon intérieur, son Dieu sombre, Dutch devra subir les épreuves initiatiques du chasseur, s’accorder à la nature, devenir le démon qu’il prétend combattre. McTiernan sait que le temps narratif n’est pas celui du spectateur : par une géniale intuition, il donne au Predator le pouvoir d’invisibilité, ce qui lui permet de tenter d’audacieuses ellipses, laissant Dutch à ses doutes solitaires. Alors, et seulement à ce moment, le temps de la confrontation arrive. Dutch a achevé son périple intérieur : il s’est lui aussi rendu invisible en se couvrant de boue, christ herculéen prenant en charge la souillure du monde et combattant le fléau (le flambeau qu’il porte, symbole d’une cité à venir par la grâce d’Hestia, est aussi celui d’Héraklès cautérisant les têtes de l’hydre.)
Enfin, le Predator est vaincu lors d’un duel homérique, Dutch se posant comme un nouveau Diomède blessant la déesse devant les murs de Troie. Seul, ensanglanté, il s’aperçoit, lors de la dernière et émouvante scène, que le Predator, l’Autre, est capable de parler. La bête blessée répète les mots du politique hagard : « Bon dieu, mais qui es-tu ? » Une explosion s’ensuit, générant par le feu sacré une place suffisante au sein de la jungle pour y ériger une cité, bâtie sur le sacrifice de l’altérité, de l’altère-ego. Une splendide fable politique, aux tonalités pessimistes, doublée d’une réflexion sur le fil du rasoir (« Aiguise-moi ça »). Du grand art.
Bel effort !
[...] groupe « parodique » ne parle, ne chante ou ne hurle qu’en hommage à Schwarzy, qui est la machine de mort autrichienne. Comprende [...]
[...] prend plaisir à mordre le corps qui le nourrit, relation ambivalente au sein tentateur. Si dans Predator le thème tourne autour de la chasse, de la compétition masculine prélude à l’établissement [...]