24.05
2010

KICK ASS – Matthew Vaughn

Au cinéma, tous les genres, lorsqu’exploités depuis un certain temps, traversent différentes étapes dans leur représentation. Le western a d’abord posé les bases, avec les classiques de John Ford, puis le décalage des westerns spaghetti, suivis des brulôts signés Sam Peckinpah ou des hommages de Clint Eastwood. Le film d’horreur également, passant de l’épouvante classique au film gore, à la parodie, ou pour finir à la vague de remakes sanguinolents qu’accueillent nos salles obscures.

Bien que plus récent (en tout cas dans le cadre d’adaptations régulières), le film de super héros a franchi les mêmes étapes que ses petits frères, atteignant maintenant une phase de réflexivité, incarnée par le film Kick Ass, depuis plusieurs jours sur nos écrans. Je te vois déjà faire la grimace, toi le jeune amateur d’images colorées et d’onomatopées pétaradantes : que vient faire un mot compliqué comme « réflexivité » dans un papier traitant d’un comic book ? Sois patient et je répondrai à ta question.

Kick Ass, c’est avant tout un comic écrit par Mark Millar, l’un des auteurs les plus côtés de ces dix dernières années, et dessiné par John Romita Jr, célèbre pour avoir pris en charge Spiderman, il y a de cela quelques années, le tout publié chez Marvel dans le courant de l’année 2008. Franc succès à sa sortie, Kick Ass nous narre les déboires du jeune Dave Lizewski, lycéen et geek de son état, qui décide un jour de sauter le pas et, vêtu d’une combinaison de plongée achetée sur Internet et de deux matraques, de combattre le crime.

Bien sûr, la carrière du super héros en herbe ne sera pas totalement à la hauteur de ses ambitions, puisque d’abord mis à mal par un groupe de délinquants, il finira par être pris en chasse par la mafia, qui l’associe par accident à de récentes déconvenues orchestrées par Big Daddy et Hit Girl, deux Vigilantes qui opèrent dans la même ville.

Partant sur une structure légèrement différente de l’original, et évinçant quelques éléments d’intrigue qui auraient alourdi l’ensemble, le film de Matthew Vaughn, tire l’essentiel de son matériau original, alliant la mise en abîme propre à son sujet au fun des situations imaginées par le tandem Millar/ Romita Jr.

Le fun ? Dans le désordre, des punch line pas piquées des vers, une tueuse de 13 ans, un bazooka, Gnarls Barkley dans une voiture de super héros, un costume ridicule, Prodigy sur une séquence de baston, j’en passe et des meilleurs.

La mise en abîme ? Eh bien, c’est là qu’entre en jeu notre fameuse réflexivité, nous donnant à voir comment le comics influence directement la vie de nos personnages, ou la manière dont ses références sont assimilées par les protagonistes (évocations régulières d’icônes du comics, Batman en tête). De cette manière, le film s’interroge sur son propre genre, rendant plus trouble la frontière entre imaginaire (l’univers forcément Bigger Than Life des super héros, avec ou sans pouvoirs) et la réalité (qu’est ce réellement que d’être un héros ? Quand un individu doit-il finalement prendre ses responsabilités, avec ou sans costume ?).

Certes, on pourra peut-être reprocher au réalisateur de ne parfois qu’effleurer un sujet qui mériterait de s’y attarder plus en profondeur, mais le capital sympathie du film, et ses petites touches subversives, rattrapent tout cela. Laissez donc le monopole de la profondeur et du sous-texte au Batman de Christopher Nolan, et plongez dans l’énergie saupoudrée de bon sens d’un Kick Ass !

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