2010
On en avait parlé il y a quelques mois, effrayés et intrigués par le sujet. La sortie en DVD/Blu ray étant imminente, le film des frères Hugues (qui ont fait From Hell) revient dans l’actualité. Amateurs de films post apocalyptiques accrochez-vous, c’est parti pour un voyage sans retour. Entre The Road et son déroulement paresseux et Le Livre d’Eli et ses présupposés pénibles, le post-apo n’est pas à la fête. Cela fait un certain temps qu’il n’y a pas eu de film réellement crédible sur le sujet…
Dans un futur proche, l’Amérique n’est plus qu’une terre désolée dont les villes sont des ruines et les routes autant de pièges infestés de bandes criminelles. Depuis des années, Eli voyage seul, se protégeant des attaques et se battant pour trouver de quoi survivre. Lorsqu’il arrive dans ce qui fut autrefois la Californie, Eli se heurte au redoutable Carnegie, un homme qui ne recule devant rien pour imposer sa volonté à la petite communauté qu’il contrôle. Eli fait aussi la connaissance de la très belle Solara et découvre que Carnegie compte bien étendre sa sombre domination à toute la région… (Thx Amazon pour le synopsis).
Dès le début du film, on pourra être touché par les images : celles-ci s’enchevêtrent dans une série de plans où le contre-jour est en lutte constante contre l’éblouissement le plus complet… Cette mise en lumière particulière évoquera sûrement le trou dans la couche d’ozone et la désolation environnante, histoire de taper dans des phases de contrastes absolus. L’introduction sera l’occasion pour les frères Hugues de rendre hommage à Denzel Washington (Eli), qui est présenté comme un survivant, un solitaire, quelqu’un d’aguerri… Enfin le héros quoi ! Ce sentiment de bande-annonce à la gloire de l’acteur ne s’effacera pas de toute la durée du film. Avare en paroles, Denzel Washington croisera sur sa route, Tom Waits, Gary Oldman (le grand méchant), Ray Stevenson (Titus Pullo dans Rome, ou The Punisher dans The Punisher) et Mila Kunis (la belle héroïne volontaire, mais un peu aux fraises en termes de « survivalisme »). Le casting est assez impressionnant et la confrontation Washington – Oldman peut avoir du charme dans cette ambiance digne de Fall Out. Sauf que ça se traîne ! Là encore, peu d’actions, peu d’événements, si ce n’est cette ambiance de western post apo (renforcée par un petit malin qui siffle constamment du Enio Morricone sur les scènes importantes).
Alors qu’est-ce qui déconne ? Tout simplement la Bible. Le héros se trimballe la Bible depuis 30 ans pour l’amener dans un lieu où elle sera en sécurité. Entre des citations et extraits divers et variés de cet excellent ouvrage… On arrive à une somme totalement indigeste où Eli le héros passe allègrement du croisé au missionnaire. En mode peu bavard ça peut passer, bien qu’hyper connoté (avec des plans dignes des jeunesses chrétiennes relativement irritants à la longue). Mais le pire vient quand il parle aux divers individus, adversaires qu’il croise. Au-delà de leur coller des pains (mode arts martiaux ON), il assène des passages certifiés par le Vatican, avant et pendant les combats, ce qui donne un tour particulièrement sentencieux à l’ensemble du film. Le pire passage étant bien entendu l’échange avec Solara (l’héroïne qui n’a pas compris au départ qu’elle est dans un Mad Max like) où la Bible est considérée comme le seul ouvrage d’intérêt dans ce qu’il reste de la culture déliquescente du XXIe siècle. On se prend à apprécier le méchant qui a tout compris, car il regarde l’ouvrage d’un point de vue pragmatique comme un moyen de contrôle des masses : les gens dans le chaos et le désespoir se tourneront vers la foi et s’il possède l’objet et le savoir le concernant, il pourra les manipuler à souhait. Mais je vous rassure le méchant n’arrivera pas à ses fins et Eli sera le nouvel apôtre d’un monde bourgeonnant. Cela ravira les fans de la morale, car nous avons bien besoin de valeurs. Non mais tout de même !
Vous remarquerez que jusqu’à « tout de même ! » il y a 666 mots (ah ah ah) : désolé je n’ai pas pu m’en empêcher.
J’aime : l’image au global et la musique qui sans être géniale n’est pas non plus affreuse.
Je n’aime pas : la galerie de personnage qui est sans surprise, le héros insupportable, une bible en braille ça fait plusieurs tomes et pas un seul les gars… Le manque de fond dans cette forme, les plans de fin de film qui sont les plus sirupeux de l’année 2010 (la Bible, l’imprimerie, le messie, des fleurs solaires, une tombe, etc.), un dernier point : il semblerait que les frères Hugues réalisent en 2013 Akira, ça me fait flipper sérieusement…
Si je voulais donner dans l’analyse pointue, je dirais que ce film a été écrit avec les pieds ; mais ça permettra au héros de marcher sur l’eau…
666 mots, j’apprécie.
J’ai trop écouté Venom et Bathory… ^^