2009
Il existe une règle, une force contre laquelle personne ne peut lutter dans tout l’univers connu. Il ne s’agit pas de la constante de Planck, ni de la théorie de la relativité d’Einstein, encore moins de la deuxième loi de la thermodynamique. Non, il s’agit d’une force bien plus puissante, quelque chose capable de maintenir la cohésion des molécules cinématographiques en un tout unique, un Boson de Higgs de la pellicule, le Graal des salles obscures, j’ai nommé… l’adaptation foireuse.
Plus l’adaptation est attendue par des fans, plus celle-ci sera foireuse. C’est un peu la loi de Murphy du cinéma.Il n’y a dans toute l’histoire du septième art aucun film qui déroge à cette règle. Et « Fist of the North Star » en est l’exemple flagrant.
Originellement connu sous le nom de « Hokuto no Ken », ou « Ken le Survivant » sous nos latitudes civilisées, « Fist of the North Star » est un monument de tout ce qu’il ne faut surtout pas faire lorsque l’on tente une adaptation aussi casse-gueule. Pour mémoire, « Ken le survivant » est l’histoire de Ken, héritier des techniques du Hokuto, qui se trouve confronté à ses anciens camarades dont les motivations, sous des dehors de combats crus et ultra violents, se veulent bien plus complexes et représentatives des rapports humains dans un monde en ruine. Hors ici, foin des conceptions d’amitiés malheureuses, de combats déchirants, de sacrifices pour le bien commun. Non, on garde le pire, et on balance le meilleur.
Commis par le formidable Tony Randel ( Ein tödliches Vergehen , Power rangers in space, … ), « Fist of the North Star » ne se laisse pas regarder seul. Je vous le déconseille instamment, surtout si vous avez le cafard. Interdit aux moins de 16 ans, ce film l’est plus par la vague de suicides qui a suivi d’un visionnage solitaire et non alcoolisé que par la violence qu’il prétend véhiculer. En effet, l’absence de trame scénaristique, et les dialogues navrants au possible (digne d’un « Cyborg » de Van Damme) ont le fascinant pouvoir de pousser au désespoir le plus enthousiaste et le plus optimiste des militants de Ségolène Royale (Yes ! J’ai placé une ref politique en parlant de ce film !).
L’histoire de base du manga, à savoir Julia, la fiancée de Ken, enlevée par Shin, tient pendant les cinq premières minutes du film. Après, on meurt. Enfin, c’est notre cerveau qui meurt. Ken, joué par l’extraordinaire Gary Daniels (Final Impact, American Streetfighter, Capital Punishment …) est pathétique. Son charisme d’endive, servi par un jeu d’acteur à faire frémir le cours Florent, nous propose un Ken plus proche d’une Barbie Turique que d’un survivant de l’Enfer. Car pour le coup, c’est le spectateur qui survit à un véritable enfer. N’attendez pas le fameux « Watatatatatatata… » de ses multiples coups de poing… vous n’aurez droit qu’à des bruitages de vieux steaks qui s’entrechoquent mollement, un peu comme deux corps flasques qui chercheraient à retrouver vainement la fougue d’une jeunesse définitivement perdue.
Shin, sa Némésis, est quant à lui incarné par le mirifique Costas Mandylor (Fatal Past, Almost Dead, Shame …). Franchement, entre Gary et Costas, on se demande lequel des deux tient le film. C’est une fois arrivé au bout qu’on se rend compte que ce n’était ni l’un, ni l’autre, mais votre bouteille de whisky qui maintenait le tout d’une cohérence toute relative
Déluge d’images caustiques, vos yeux risquent de fondre plus d’une fois si vous ne vous protégez pas des effets spéciaux de toute beauté. Il faut être préparé pour voir ce film. Baudruches aéro-défectueuses, jets sanguinolents plus proches du Tang grenadine que d’une bonne vielle rasade d’hémoglobine à la « Cannibal holocauste », tranches de chorizo colmaté à la pâte à modeler en guise de cicatrices, sont ce qui attend le malheureux spectateur, pour qui le salut est dans la fuite. Les incontinents savent de quoi je parle. Et attendez de voir le seul effet spécial informatique, généré par les crispations d’un Costas constipé afin de faire influer toute sa puissance dans une main droite entourée d’un pauvre halo photoshop orange passé…
La plus belle image reste celle du final, ou dans un monde dévasté, pollué au possible, une plante parvient enfin à pousser au milieu de dalles de marbre (ce n’est plus une plante, c’est un monstroplante pour parvenir à péter du marbre !), dans un sol totalement inhospitalier… du premier étage d’une tour hermétiquement close…
Non vraiment, « Fist of the North Star » est un film d’exception, à tous les points de vue. Vous ne pourrez plus prétendre ne pas savoir, vous ne pourrez plus nier, vous êtes désormais prévenus : vous regarderez ce film à vos risques et péril. Mais il fera de vous un survivant. Un survivant de l’Enfer !

Patrouchef
Deux vidéos pour constater le remarquable niveau du film, eh eh eh
Un grand merci à toi Arnaud pour ce superbe article sur une légende du cinéma…
De rien ^^
jolie chronique c’est pour quand la chronique de Ninja 3 Domination car il est au delà du z…:)
Faut voir avec Patrouchef !!!