20.01
2010

Chers amis, foule en délire, admiratrices langoureuses (mon numéro de portable est accessible auprès du Webmestre), bienvenue dans ce nouvel épisode des « Carnets de la Toile ». Après une analyse même pas pédante d’Agora, qui de plus se trouve être un excellent film, les « Carnets » se ressaisissent et offrent à votre gourmandise intellectuelle la face cachée du plus grand chef-d’œuvre du XXe siècle : Conan le Barbare. Accrochez-vous pour un voyage au pays de l’acier qui marquera votre âme au fer rouge…

1981. L’année de toutes les révolutions. Tandis que François Mitterrand gravit victorieusement les marches des invalides, John Milius, au sommet de son art, décide d’offrir au monde son chef d’œuvre, « Conan le Barbare », qui lui aussi en fera (des invalides. Faut suivre, les gars). Afin de réaliser ce projet pharaonique, il s’inspire des œuvres historiques de Robert E. Howard. Ce dernier, archéologue confirmé, a en effet prouvé l’existence d’un âge antique, « l’âge Hyborien ». Acceptée partout dans le monde, cette découverte est toujours boudée par les universitaires français, sous le fallacieux prétexte qu’Howard est un Américain. « Les Carnets » s’inscrivent bien évidemment en faux contre cette vision xénophobe de la gastronomie, puisque l’Howard à l’américaine est un plat succulent.

Quoi qu’il en soit, pour incarner ce roi de légende, John Milius n’hésite pas : il fera appel au dernier descendant des Hyboriens, Arnold Schwarzenegger, qu’on ne présente plus. Ce dernier, tout juste couronné par le monde de la culture (qu’aux USA on nomme les culturistes), est à la recherche d’un rôle à sa mesure. Le courant passe immédiatement entre les deux hommes, qui appellent en renfort Olivier Pierre, lequel s’illustrera par la suite dans d’autres projets, comme on le sait. L’histoire de Conan est si complexe, et appelle à de tels concepts narationnels, que votre serviteur se voit contraint de découper le film à la manière d’une volaille, comme nous le recommande Socrate (pour les textes, puisque à l’époque Platon n’avait pas encore fait son cinéma). « Les Carnets » et Skulking, en exclusivité, vous dévoilent donc le secret du découpage scénaristique appliqué aux analyses pathorelles wariennes.

Acte I, Scène I.

Résumé : Conan petit garçon habite dans un village enneigé. Le village est attaqué. Tout le monde est massacré sauf  Conan. Il part avec ses ravisseurs.

Analyse : magistrale introduction riche de sens : neige pure – enfance – innocence – pouvoir de l’acier. Les assaillants sont méchants mais pas idiots : la scène du meurtre de la mère de Conan est en effet riche d’enseignements. Alors qu’un assaut contre un village appelle logiquement la prise du butin, dont les femmes, la mère de Conan est ici décapitée. Le sang souillant la neige n’est pas celui d’une agression sexuelle ou simplement des règles féminines, ce qui serait un rappel du lien classique Nature-Femme. Non, trop simple. Le sang qui tombe comme la pluie est celui de la tête de la mère de Conan. Le sang de la connaissance, la pluie qui irrigue la culture, Athéna qui jaillit de la tête de Zeus !

Le chef des assaillants reconnaît donc implicitement le pouvoir de l’esprit féminin, dont il se méfie, signe de son intelligence visionnaire et de sa misogynie raisonnée. Cette indication devrait suffire à exclure toute analyse pathorelle Conanienne trop réductrice, comme certains aiment à le faire sous le fallacieux prétexte que ce n’est pas l’excellent James Cameron qui a réalisé ce film. De plus, Olivier Pierre étant un fin connaisseur de la France, faut-il également voir dans cette scène la méfiance que, déjà, l’entourage de François Mitterrand nourrissait à l’égard de Ségolène Royal ? Royal, dont le nom même est un écho du destin de Conan ? Nous laissons les lecteurs, abasourdis par une telle révélation, en juger.

Acte I, Scène II.

Résumé : Conan réduit en esclavage – Conan pousse la roue du destin durant 20 ans – Formé à l’art du combat de gladiateur, il massacre tous ses adversaires. Initié par un maître mongol au maniement du katana, à la reproduction sexuée par des courtisanes expertes et à la philosophie pré-confucéenne, il est finalement libéré.

Analyse : développement magistral aux allures nietzschéennes, la roue du destin se lit (se lie ?) comme un aspect de l’éternel retour cher au philosophe dionysiaque. L’enfant Conan se change en chameau, puis en lion… Métaphore rappelant le sort de Sisyphe, la roue du Karma, l’adjonction nietzschéo-compatible de la scène démontre que le destin, même de Sisyphe, peut se dépasser ; et ce uniquement par la guerre. En choisissant l’initiation par le katana, John Milius montre que la naissance du soleil, autre cercle stellaire symbolisant le karma sans appel, peut s’inverser par le sang et la nuit (comme nous l’indiquera plus clairement la scène suivante). Enfin, la philosophie pré-confucéenne aidera Conan à analyser les épisodes de sa vie future comme résultants d’un acte civilisationnel (quand on sait, évidemment, l’importance que Confucius accordait aux rites, cf. « Entretiens », XX, 3).

Enfin, l’aspect de l’éducation sexuée via la courtisane met en balance la puissance sexuelle dionysiaque, propre à la Nature vue comme antithèse de la Culture, avec le nécessaire aspect pédagogique d’une maîtrise pulsionnelle du « Ça » freudien, comme il se doit. Conan, l’anti-civilisation, le « Barbaros » cher aux Grecs, sera dans le futur (et il le sait grâce au sang de sa mère) le bâtisseur d’une dynastie et donc d’une culture : insoutenable tension interne qui trouve sa sublimation dans le carnage des gladiateurs – subtile référence aux besoins de Rome, LA cité par excellence, qui préservait ainsi, mais de manière ritualisée, la nécessaire violence cathartique dont toute civilisation doit se débarrasser en l’acceptant. Magistrale mise en abîme avec les besoins sociétaux actuels qui trouvent leur apaisement dans le visionnage de films violents dont un des parangons n’est autre que… Schwarzenegger. Du grand art.

Enfin, en dernière lecture, l’initiation par le katana, substitut phallique au métal martelé (rappel évident à Nietzsche : philosopher à coup de marteau, puis rejet par ses disciples de Zarathoustra, prélude à l’émergence de la Chine), cette initiation, donc, nous renvoie à l’éducation de la sexualité via la courtisane tributaire d’une cosmologie orientale : en effet, en dépassant son destin par la roue, la lecture de textes sacrés et la brouette chinoise, on est à même de penser que, pour Conan, le Karma Soutra.

Tout cela nous mène, encore une fois, à penser Conan comme un miroir de l’ascension Mitterrandienne, quand on connaît la passion du Président pour la civilisation et le sexe, exact reflet des tensions Conaniennes. Mitterrand qui passa, en son temps, pour un Barbare aux yeux des Giscardiens éplorés – la filiation est claire.

Conclusion : chers amis, cher public, admiratrices langoureuses (voir au début pour le téléphone), nous cessons ici notre analyse pédante et imbitable, encore et toujours pour d’obscures raisons de nombre maximum de signes imposé de façon unilatérale par un Webmestre dictatorial et obtus, qui de plus se trouve être mon colocataire et j’ai envie de passer une soirée paisible, sans déconner. À bientôt, donc, pour la seconde partie des révélations sur le message caché de Conan, avec en filigrane la geste mitterrandienne !

Votre dévoué,

Monsieurwar.

En exclusivité, voici le résultat de l’éducation nietzscheo-confucéenne de Conan, après de dures années d’études !

3 commentaires pour le moment

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  1. c’est en tout point, une belle leçon d’humanisme! Enfin un homme qui assume ses idées même si pour ça il passe pour un Con…nan!!

  2. Imbitable en effet mais drôlissime. je me dis qu’avec toi nos chères têtes blondes sont à l’abri des manipulations politiques et médiatiques (ouf !).
    Heureusement que tu es là pour mettre en exergue ce parallèle flagrant (comme se fait-il que les cahiers du cinéma ne l’ai pas vu avant ?) entre ces deux hommes : pouvoir, sexe, courtisanes, duels sans pitié …A quand un biopic de Mitterrand façon Conan ? (avec un VGE et un Chichi enfin montrés à leur juste valeur ?)

  3. monsieurwar

    J’y travaille ! C’est pas facile ! Merci^^