2009
suite à de nombreuses et amicales controverses avec des amis, notamment Motaku (je me comprend), ayant trait au talent réel ou supposé de James Cameron ; je me suis décidé à comparer les manières de procéder dudit Cameron face à celles d’un de mes cinéastes favoris, David Fincher. L’un et l’autre ayant participé à la licence Alien, le choix était donc facile. En exclusivité, les Carnets de la Toile vous livrent selon la tradition une analyse structurelle, pédante, fausse et imbitable des deux films et de la licence. Cameron vs Fincher : Who’s the boss ? Mais avant tout, pour bien comprendre les enjeux, il convient de cerner la symbolique en action dans le premier Alien…
Alien, l’étranger. Alien, le chasseur venu d’ailleurs. Le film, développé en 1979 par Ridley Scott, connaîtra le succès que l’on sait, entraînant d’autres avatars tels Predator. L’histoire se résume facilement : l’Alien est un xénomorphe agressif, dont la reproduction est assurée par un hôte vivant (au départ), dont « l’alien-bébé » se nourrit allégrement avant de s’en libérer de façon létale – allégorie de la névrose mère-enfant, autistique jusque dans sa représentation ; le corps de l’hôte mort semblant être la forteresse vide chère à Bettelheim.
Le mode de reproduction de l’alien, œufs déversés dans la bouche de la victime, est une image nette du stade oral-précoce ; le plaisir de la victime se réalisant dans la succion (n’oubliez pas que ladite victime est paralysée, cathartique). A cela s’ajoute évidemment le stade oral-sadique, dans lequel « l’enfant-alien » prend plaisir à mordre le corps qui le nourrit, relation ambivalente au sein tentateur. Si dans Predator le thème tourne autour de la chasse, de la compétition masculine prélude à l’établissement du politique, il n’en est rien dans Alien.
Ici, la relation maternelle est en jeu, et le film n’aurait pas supporté un héros, sauf à imaginer un désir d’accouplement avec « alien-autre », image de la radicale différence sexuée d’une société patriarcale qui ne voit la femme que comme un monstre qu’il faut domestiquer. Mais la méthode de déversement de la substance, telle l’éjaculation classique, suggère au contraire la masculinité de
l’Alien – qui force l’hôte, image de la femme, à se reproduire sur le mode de la violence et de l’angoisse. Pour preuve, l’homme artificiel, automate aux ordres des forces sociales, tente de tuer Ripley alors qu’elle décide de supprimer la bête. C’est donc une héroïne, chantre d’un MLF intergalactique, qui est appelée à remettre les pendules à l’heure. Dans le vaisseau, hypertrophie symbolique du ventre, Ripley tentera tout ce qu’elle peut pour mettre un terme à l’indésirable, sabordant elle-même l’engin ; prélude à une vision positive de l’avortement. Mais l’Alien est rusé, et suivra Ripley dans le vaisseau de secours après l’explosion du Nostromo – on pense évidemment au destin du capitaine italien de Conrad, tué sans avoir pu réaliser son amour.
Dans ce contexte, le corps étranger, venant lui-même d’un corps humain vampirisé, sera expulsé par l’héroïne Ripley (Sigourney Weaver), revanche de la mère protectrice, garante de la continuité politique par cet acte défenseur autant qu’eugénique. Avatar d’Héra aux allures d’Artémis, Ripley veille à la propreté de son vaisseau, symbole du ventre fertile, en expulsant la bête dans l’espace – mère protectrice assurant le dépassement du stade anal de l’enfant-spectateur, qui prend ainsi la place tant convoitée de l’attention de Ripley. L’autonomie réalisée par la défécation, perte de soi angoissante de prime abord, le spectateur quitte la salle avec le sentiment que rien n’est achevé, et que la suite se doit d’être vue et surtout entendue. Que fera Cameron de cette base ? La réponse dans quelques jours…
[...] Cet article est la suite de Aliens ou Alien 3 ? Cameron vs Fincher ! Partie I [...]
[...] narationnelle (rappelons que l’opus précédent, Rambo II, a été écrit par l’excellent James Cameron) ainsi qu’au renversement du logos rambolinien de départ, ordinairement peu enclin aux errances [...]