27.03
2010

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

Décembre 2009 : Avatar, premier film exploitant réellement les capacités du principe de la stéréoscopie (la 3D donc pour les néophytes) sort en salle et rafle le jackpot.

Mars 2010 : attendu au tournant par ses fans, déçus de ses œuvres précédentes, et par le spectateur moyen qui attend de voir de nouveau un film exploitant la 3D de manière intelligente, Tim Burton sort son Alice au pays des merveilles.

Juin 2010 : malgré un franc succès au box-office, Tim Burton est retrouvé mort, la tête posée sur la tombe de Lewis Caroll, une paire de lunettes 3D sur le nez, le corps souillé par une série d’objets divers (théière, chapeau, montre, chenille…) introduits dans la partie la plus intime de son anatomie. Une simple inscription vient compléter le tableau d’horreur : cette fois, on lui a tout fait passer de l’autre côté du miroir…

OK, sur ce dernier point, je m’avance probablement trop, mais force est de constater que c’est déception et dépit, bien plus que magie et émerveillement, qui prévalent une fois le générique terminé.

Ce projet avait pourtant tout pour plaire : un univers décalé correspondant à l’imaginaire débridé de Burton, une histoire susceptible de jouer sur de nombreux tableaux, une technologie encore balbutiante, mais au potentiel séduisant… Et pourtant rien n’y fait.

Parlons en premier lieu de la stéréoscopie (connaissant la tolérance limitée de certains lecteurs ayant suivi un cursus scientifique, aux textes comportant trop de lettres et pas assez de chiffres, je commence par ce point pour éviter de les perdre…), à mon goût la plus belle arnaque du film. Le procédé n’est tout simplement pas ou très peu utilisé : quelques rares éclats surgissant au premier plan, et un effet de profondeur factice, qu’une utilisation intelligente de la focale en 2D aurait tout à fait permis de rendre. L’immersion d’Avatar est bien loin.

Cependant, si le récit tenait ses promesses, la déception technique ne laisserait qu’un petit goût amer, rapidement oublié. C’est malheureusement toute une cuve de Schweppes qui vous tombera au fond du gosier au fur et à mesure de l’enchaînement des séquences. Car, et c’est à mon sens son principal défaut, le film n’est qu’une suite de scènes vides d’émotion ou d’enjeux, face auxquelles le spectateur n’a jamais aussi bien porté son nom, l’identification étant quasi nulle.

Après un premier quart d’heure qui bien qu’un peu niais, production Disney oblige, reste tout à fait plaisant (en particulier l’arrivée dans Wonderland, et la poursuite avec le Bandersnatch), le film bascule paradoxalement lors de l’entrée en scène de Johnny Depp, dans l’une des rares séquences réellement dialoguées du film, mais qui perd de sa force par la sur-utilisation d’un langage imaginaire, et par la récurrence de la folie des personnages, qui finit par plus agacer que faire sourire.

Le rythme du film est également fortement déséquilibré, Burton alternant des scènes dont la résolution se traine, le spectateur connaissant généralement suffisamment l’univers d’Alice pour ne pas être surpris (l’arrivée d’Alice, et le jeu entre boisson Rikiki et gâteau Grandissant), et des nœuds de l’intrigue expédiés manu militari (l’épée vorpale et sa localisation arbitraire et maladroite).

Reste un univers visuel riche et séduisant, bien que parfois entaché d’une alliance comédiens en chair/ effets numériques pas toujours très heureuse (le valet) ; et des acteurs souvent très justes. L’ensemble est cependant totalement plombé lors des dix dernières minutes du film (SPOIL ALERTE!), lorsque Tim Burton filme Johnny Depp en train d’effectuer une pseudodanse RnB supposée être folle et drôle, mais ne se réduisant qu’à être ridicule et honteusement hors propos…

2 commentaires pour le moment

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  1. Patrouchef

    C’est marrant, j’ai ressenti ce vide rien qu’en matant la bande-annonce. Du coup, je comprend mieux pourquoi je n’arrivais pas à me motiver à aller le voir. Beaucoup de poudre aux yeux, me semblait-il…

  2. [...] amateur d’art urbain, de graf et j’en passe. Puisque l’on parle beaucoup d’Alice au Pays des Merveilles, rendons également hommage à M. Chat, image emblématique du graffeur Thomas [...]